mardi 31 janvier 2012

L'erreur est humaine !

Cours sur Vérité et Illusion


Chacun connait bien le proverbe « l’erreur est humaine ». Que dit cette expression, que dit-elle de l’erreur, et que dit-elle de l’humain ? En quoi l’erreur est-elle humaine ? Quelle est la positivité de l’erreur ? En quoi la non prise en compte de l’erreur et de sa positivité est-elle finalement inhumaine ? L’erreur n’est certes pas synonyme de faute, et pourtant on les assimile souvent. La faute n’est pas seulement une erreur que l’on condamne moralement : bien souvent l’erreur de l’Autre est constitutive de la faute. Il s’agirait donc au moins de déculpabiliser l’erreur, d’aller au-dela de la faute ; il s’agirait d’aller vers la civilisation en reconnaissant les vertus civilisatrices de l’erreur elle-même, en tant qu’elle fait partie intégrante de toute recherche.

Donc l’erreur est humaine, mais à quel « niveau » elle est humaine ? Quel genre d’erreur ? Toute sorte d’erreur ? On le voit bien, il nous faut commencer par définir l’erreur. Un brin d’étymologie. Erreur vient du latin « error », course à l’aventure, et de « errare », errer. En français l’erreur n’est pas un terme formidablement ambigu ou polysémique, tout simplement parce que cela semble le contraire de la vérité, dans ses deux dimensions principales, à savoir vérité logique et expérimentale. 2 plus 2 égale 5 est une erreur de calcul, un jugement contraire à la logique mathématique. Il neige aujourd’hui est une erreur, un jugement contraire à la réalité des faits. De ce double point de vue, l’erreur est une privation de connaissance, ce qui est un phénomène humain en effet. Nous n’aurons aucune difficulté à souligner la positivité de l’erreur : puisque ne se trompe que celui qui cherche la vérité, la vérité a besoin de l’erreur pour apparaître. L’erreur n’est qu’une vérité en gestation, à partir du moment où l’on admet (comme il convient) que l’éclosion de la vérité est un processus historique et laborieux, collectif, et pas forcément linéaire. Je m’appuierai sur deux domaines classiques pour réhabiliter l’erreur : celui de science et celui de la politique. Je montrerai avec Bachelard que la science va d’erreur en erreur, je montrerai avec Popper que la démocratie elle-même va d’erreur en erreur, et comment ceux qui n’acceptent pas l’erreur, qui n’acceptent ni la possibilité de l’erreur ni la possibilité de corriger l’erreur sont précisément anti-démocrates, parce qu’ils croient en une vérité absolue, dogmatique.

Mais voilà, je n’ai nullement l’intention de m’en tenir à l’erreur, au sens classique que je viens de définir. S'il est vrai que l’erreur est humaine, alors il faut appréhender la vérité elle-même dans son sens pleinement humain. Et la vérité n’est pas seulement logique ou expérimentale, elle est aussi profondément subjective. C’est en quoi elle est elle-même humaine et non surhumaine. Lorsque Descartes affirme que « je pense donc je suis » est la première des vérités, justement ce n’est pas une vérité comme les autres, c’est une évidence qui a la structure d’une certitude. Il s‘agit là non seulement d'une vérité indubitable mais encore d’une certitude "subjective" en ce sens qu’elle est précisément fondatrice pour le sujet, une certitude qui pour lui ne laisse place à aucune illusion. Or justement, l’illusion est peut-être bien la dimension subjective, la dimension humaine par excellence de l’erreur. Notons que l’illusion n’est pas le contraire exact de la certitude, le contraire de la certitude est le doute. L’illusion serait plutôt une manière de pallier le doute, et chacun sait bien qu’une certitude peut très bien être illusoire. Mais en quoi l’illusion est-elle particulièrement humaine, excusable, et même nécessaire ? L’illusion n’est pas le produit de l’intelligence, du jugement, comme c’est le cas de l’erreur (l’erreur est un mauvais jugement), elle est le produit de l’imagination. C’est en quoi elle est subjective, et plus humaine que l’erreur, laquelle est seulement « fonctionnelle » si l’on peut dire.

J’ai annoncé en outre un troisième concept : celui d’hallucination. Cela nous servira à recentrer le phénomène de l’illusion, en tant qu’imaginaire, dans sa positivité propre. Ce qui compte, c’est de structurer ensemble les phénomènes de l’erreur, de l’illusion, et de l’hallucination. Pour cela, utilisons la structuration lacanienne bien connue, Réel-Imaginaire-Symbolique. Ce sont, selon Lacan, les trois dimensions constitutive du Sujet, et l’on peut penser que c'est l'imaginaire (donc l'illusion, comme on va le voir) qui assure la consistance de l'ensemble. Comme telle, l'erreur serait plutôt en rapport avec le symbolique, tandis que l'illusion serait le propre de l'imaginaire, pendant que l'hallucination, enfin, serait très exactement l'apparence du réel, ou plutôt une apparence se présentant comme Le réel pour le sujet concerné (souvent psychotique, en l’occurrence). Mon propos sera de démontrer que si "l'erreur est humaine", c'est principalement en tant qu'illusion, en tant qu'elle a un rapport avec l'imaginaire et aussi (comme on le verra avec Freud) avec le Désir. La vérité en effet (qui a priori est le contraire exact de l'erreur) n'a pas de consistance suffisante au plan existentiel, elle s'avère très vite impuissante, voire « inhumaine » en tant que telle. L'illusion, quoique négative et dangereuse sous bien des aspects, est positive dans un sens beaucoup plus profond que la simple erreur : je dirais tout simplement qu'elle humanise l'erreur - et peut-être même la vérité.

Concentrons-nous dans un premier temps sur l'erreur proprement dite. Je rappellerai la très classique analyse cartésienne de l’erreur ; ce sera une révision utile pour mieux cerner en même temps le concept de vérité. Je montrerai alors la positivité de l’erreur sur le plan épistémologique et sur le plan politique. Dans un second temps, je me pencherai sur l’illusion, en la comparant notamment avec l’apparence (concept nettement différent) : sa dimension humaine et subjective, sa positivité n’en ressortira que mieux. Enfin il sera question de l'hallucination en tant que structure particulière : ni erreur, ni illusion, mais apparence réelle pour le sujet. Ainsi l'illusion, entre l'erreur et l'hallucination, serait bien une marque de l'humanité...

dimanche 29 janvier 2012

Peut-on convaincre autrui qu'une oeuvre d’art est belle ?

Exemple d'Introduction avec plan de développement



Introduction

(Méthodo - Pourquoi cette question ? Il faut constater l’existence d’un paradoxe, nous amenant à poser la question.) On dit souvent que « les goûts et couleurs ne se discutent pas », mais la popularité même de ce dicton devrait nous le rendre suspect. L’on assiste bien souvent au contraire à des discussions passionnées entre amateurs de musique, de littérature ou de cinéma : de quoi s’agit-il lors de ces échanges sinon de chercher à convaincre autrui qu’une œuvre d’art est belle, sublime, voire plus belle et plus sublime qu’une autre ? Mais y parvient-on vraiment ? Est-ce légitime ? Par ailleurs pourquoi cet empressement plutôt paradoxal ?