mercredi 22 juin 2011

Le Banquet de Platon

Téléfilm franco-italien réalisé par Marco Ferreri, diffusé en 1989..

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Parties suivantes :

lundi 20 juin 2011

Peut-on dire que toutes les cultures se valent ? (introduction et plan)



Introduction

Amener le sujet (= pourquoi cette question ?) – Si tous les hommes et tous les peuples possèdent une culture, il est évident que toutes les cultures ne se ressemblent pas ; elles sont multiples et non identiques. Pourtant, malgré leurs différences, les cultures sont-elles également respectables et bonnes pour l’homme ? Sous cet angle qualitatif, peut-on dire que toutes les cultures se valent ?
Analyser le sujet (= que signifie cette question, quel est son enjeu ?) – Le terme principal est la « culture ». Sa signification varie sensiblement selon qu’on l’emploie au singulier ou au pluriel. « La » Culture représente l’édification humaine en général, ce qui « élève » un individu et fait de lui un homme à part entière. « Une » culture (particulière) représente plus précisément l’ensemble des mœurs, des conduites, des valeurs, des croyances (mythiques ou religieuses), des caractéristiques sociales, économiques, techniques, linguistiques, inventées par les hommes et propres à un groupe humain donné à un moment donné. Ce dernier sens est manifestement celui qui prévaut dans notre sujet, lequel nous invite à questionner non seulement « les » cultures mais « toutes » les cultures : peut-on dire qu’une culture en vaut une autre, sans exception aucune ?
Annoncer le plan (= comment va t-on traiter le problème, en confrontant quels points de vue, et dans quel ordre ?) Pour comparer les cultures et pouvoir préciser éventuellement en quoi elles se valent, il faut dans un premier temps dégager ce qu’elles possèdent en commun, soit l’ « essence » même de la Culture. La culture doit alors nous apparaître comme un phénomène humain universel rendant, de ce point de vue, toutes les cultures équivalentes. Mais dans un  second temps, il faudra bien en venir à ce que chacun peut observer, sur un plan accidentel et non plus essentiel, à savoir les différences flagrantes entre les cultures : dès lors, comment résister à la tentation de « juger » ou d’ « évaluer » les cultures étrangères en utilisant ses propres critères culturels comme référence absolue ? Cependant, si l’éthnocentrisme s’avère inacceptable, devons-nous céder pour autant au relativisme lâche du « tout se vaut » ? Nous devrons bien chercher, dans un troisième temps, des critères universels de « civilisation » (s’ajoutant à ceux de la « culture » proprement dite) ou plus simplement des « principes » permettant de condamner certaines pratiques et certains actes, commis souvent « au nom » des particularités culturelles, mais indignes de l’homme et de toute culture véritable.

Développement (plan détaillé)

I – Qu’est-ce que « la » Culture et quelles sont les caractéristiques communes à toutes les cultures ?
- La culture est la marque de l’humanité. L’homme modifie le donné naturel en le niant, aussi bien autour de lui (transformation de l’environnement par la technique et le travail) qu’en lui : culture au sens d’artificialisation du comportement et des rapports interhumains (structures de parenté, structures sociales, échanges économiques), des modes de pensée (croyances religieuses, structuration de la « vision du monde » par la langue), etc.
- Parmi toutes les règles et les normes édictées par culture, on peut citer la prohibition de l’inceste comme étant la plus universelle. Toutes les cultures rejettent cette pratique d’essence animale pour lui substituer une codification des échanges (amoureux aussi qu’économiques).permettant à la communauté de se développer.
- Le trait commun à toute les culture est la présence d’une Tradition. Intégrer la mémoire d’un peuple, pérenniser son identité, transmettre les symboles et les savoirs-faire : telles sont les que l’on peut assigner à la culture en tant que Tradition.
> Du point de vue leur essence (« la » culture), toutes les cultures se valent. Mais les observant dans leurs particularités ?

II – Pourquoi les cultures paraissent-elles si différentes et parfois même incompatibles ? Peut-on se permettre de les juger ?
- Il est normal que les cultures se différencient puisqu’elles reflètent l’expérience vécue de peuples séparés géographiquement, n’ayant pas les mêmes besoins et impératifs de survie. Ainsi l’ethnologie révèle des différences notables dans les structures de parenté (monogamie, polygamie…), dans les rites de politesse ou l’expression des sentiments amoureux, etc. Cette diversité n’est pas un hasard : les cultures « cultivent » leurs différences. Lévi-Strauss a révélé que plus la proximité géographique est grande, plus la différenciation culturelle augmente : affirmation d’une identité collective qui passe par la rupture avec le modèle culturel voisin…
- Ces différences peuvent apparaître comme des « inégalités » si l’on prend comme système de référence le caractère propre d’une culture pour « évaluer » les cultures étrangères. Du point de vue de la culture technicienne propre au monde occidental, il est évident que certains pays d’Orient ou du continent africain paraîtront sous-développés et donc culturellement moins riches. Mais un tel jugement s’inverse si l’on prend pour référence le traitement de la folie (chamanisme) ou de la vieillesse, la maîtrise du corps par la danse et la transe : dans ce cas, « notre » culture intellectuelle et abstraite semblera en retard et infirme par rapport aux cultures dites « archaïques » ou « primitives ».
- Dans tous les cas un tel jugement relève de l’ethnocentrisme, ce préjugé commun consistant à ériger sa culture en norme ou référence absolue. Nous avons pourtant démontré (1ère partie) que toute culture est une expression authentique de l’humain, précisément dans la rupture de cet ordre humain avec l’ordre purement naturel et notamment animal. De quel droit, donc, pourrions-nous juger la culture des autres ? Si la culture en général révèle l’humanité d’un peuple, si chaque culture particulière révèle plus précisément son identité, on ne peut pas plus juger l’identité d’un peuple que l’on ne peut juger l’être d’une personne. Il est temps de distinguer formellement deux instances fort différentes : les représentations et les actes. Seuls les actes ou les pratiques peuvent être soumis à des jugements de valeur. Or la culture relève d’un système de représentations qui, au même titre que la pensée personnelle, réclame une liberté et donc un respect sans condition. Il reste à expliquer pourquoi  certains actes sont commis au nom de certaines représentations de la culture, et pourquoi nous ne pouvons que les condamner.

III – Peut-on fixer des critères universels de « civilisation » supérieurs aux critères propres à chaque culture ?
- Tout d’abord, évitons un piège lié à ce terme de « civilisation ». Si on ne le distingue pas formellement du terme de culture, on se rendra coupable du pire ethnocentrisme en laissant entendre qu’il existe des cultures plus raffinées ou plus civilisées que d’autres : nous sous-entendrions immanquablement une supériorité (technique, morale, philosophique) de la culture/civilisation occidentale (voire européenne).
- Par « civilisation » il faut entendre un degré élevé de « civilité » au sens le plus général du terme, soit un ensemble de normes, universelles autant que positives (= écrites, réelles) susceptibles d’interdire certains actes et certaines pratiques que nous pourrions qualifier à juste titre de « barbares ». En effet le cannibalisme, l’excision, les sacrifices sanglants, pour ne citer que ces exemples, ne sont pas condamnables en tant qu’éléments d’une culture donnée (au contraire cet aspect culturel les rend plutôt compréhensibles) ; ils le sont en tant que pratiques sociales qui tentent de se justifier sous des alibis culturels, alors que leurs motifs réels apparaissent bien plus triviaux (politiques la plupart du temps). Il ne faut donc pas hésiter à invoquer des principes universels que la philosophie et la conscience de l’Histoire ont permis d’élaborer (les Droits de l’homme… pour ne pas les citer) afin de condamner sans ambiguïtés des actes criminels et barbares (d’ailleurs qualifiés comme tels par la loi).

Conclusion

Par définition il n’y a pas de culture « bonne » ou « mauvaise ». La culture d’un peuple est toujours bonne pour lui ! Il n’existe pas de culture qui prenne le contre-pied des intérêts moraux et même matériels d’un peuple. Même si la Tradition peut sembler rétrograde et freiner parfois le « progrès », il faut toujours répondre à ceci qu’un peuple privé de culture n’existerait plus – conséquence bien plus grave !
Toutes les cultures se valent bien,  mais on ne peut s’empêcher d’admirer davantage les cultures – ou plutôt les aspects d’une culture – qui favorisent l’échange, le mélange, l’ouverture aux autres cultures, en application du principe d’équivalence qui nous venons d’énoncer. Il en va alors d’un degré de civilisation, qui régimente les actes et les pratiques sociales, et plus seulement les représentations culturelles.

Peut-on être artiste sans être artisan ? (introduction et plan)



 
1) Amener le sujet
- L’opinion commune (doxa) : Pour être artiste il faut « avoir du talent », il faut « être doué ». Ce n’est pas comme l’artisan qui doit « s’y » connaître » dans son  métier…
- Remarque : Pourtant l’artiste et l’artisan ont en commun la production d’une œuvre, ou d’un ouvrage, et dans les deux cas cela nécessite une technique, des procédés et des règles.
- Alors : Peut-on être artiste sans être artisan ?

2) Analyser le sujet et poser le problème
- Artiste : Celui qui réalise une œuvre picturale, musicale ou autre, dans tous les cas une représentation valant pour ses aspects expressifs, symboliques et esthétiques (beauté). L’artiste crée librement en suivant son « inspiration ».
- Artisan : Celui qui réalise un ouvrage matériel utile ou décoratif, en appliquant des règles traditionnelles pré-définies mais en y ajoutant sa « touche personnelle » (un style). Le raffinement, l’originalité ou la perfection sont les valeurs généralement attribuées à ce type de production.
- Or : Les deux activités possèdent une racine commune, c’est l’art de faire au sens ancien, la techné grecque. On nous demande donc si l’art au sens de création libre peut se passer de toute technique artisanale et de toute règle. La création est-elle oui ou non un travail ? L’artiste peut-il faire n’importe quoi n’importe comment ?

3) Annoncer le plan
- Thèse 1 : L’artiste n’est pas un artisan, il est libre.
L’art est « une création par liberté » (Kant) et le règne de l’imagination.
L’artisan au contraire et un travailleur, un ouvrier au sens noble du terme, il a une fonction sociale précise (l’artiste non).
- Thèse 2 (objection) : l’artiste est aussi, sous certains aspects, un artisan (et réciproquement
La création artistique n’est pas le fruit d’une imagination pure et gratuite : l’artiste transforme concrètement un matériau, cela nécessite un apprentissage et une maîtrise. Le « génie » applique des règles mais il ne le fait pas consciemment.
L’artisan lui-même est un artiste, « par éclairs », quand il découvre de nouvelles manières de faire. De plus la beauté fait toujours partie de ses objectifs.
- Thèse 3 (dépassement, solution) : l’artiste a été autrefois, mais il n’est plus vraiment un artisan, les différences l’emportent.
L’art a évolué : l’art contemporain a bubverti les règles classiques de la création (harmonies, proportion, etc.) et les canons de la beauté (CF. Malraux sur l’art moderne). Le ready-made (Duchamp) a encore accentué la prise de liberté des artstes.
La technique elle-même a évolué : nous sommes passés de l’artisanat individuel à la technologie industrielle.
Conclusion : l’application des règles n’est pas ou n’est plus la caractéristique de l’art. L’art veut conquérir sa liberté (dans la forme comme dans le contenu), c’est pourquoi il est aujourd’hui possible d’être artiste sans être un artisan. On peut malgré tout se demander si l’art ne risque pas de devenir totalement inutile ?

L'existence et la conscience de soi (explication d'un texte de Hegel)




"Les choses de la nature n'existent qu'immédiatement et d'une seule façon, tandis que l'homme, parce qu'il est esprit, a une double existence; il existe d'une part au même titre que les choses de la nature, mais d'autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense et n'est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi. Cette conscience de soi, l'homme l'acquiert de deux manières: Primo, théoriquement, parce qu'il doit se pencher sur lui-même pour prendre conscience de tous les mouvements, replis et penchants du cœur humain et d'une façon générale se contempler, se représenter ce que la pensée peut lui assigner comme essence, enfin se reconnaître exclusivement aussi bien dans ce qu'il tire de son propre fond que dans Ies données qu'il reçoit de l'extérieur. Deuxièmement, l'homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu'il est poussé à se trouver lui-même. à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s'offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures, qu'il marque du sceau de son intériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations. L'homme agit ainsi, de par sa liberté de sujet, pour ôter au monde extérieur son caractère farouchement étranger et pour ne jouir des choses que parce qu'il y retrouve une forme extérieure de sa propre réalité." (F. Hegel)




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samedi 11 juin 2011

La société et les échanges

La société est le milieu de vie de l'être humain qu’on hésite à dire "naturel", pour plusieurs raisons. D'abord il ne faudrait pas confondre "communauté" et "société" : la seconde suppose une organisation avec des règles, voire des institutions, une culture et un système d'échanges économiques complexes. Tandis qu'une communauté se dit de n'importe quelle sorte de regroupement humain : ce qui la caractérise, ce n'est pas d'abord l'organisation, mais le partage d'un vécu faisant naître un sentiment de solidarité. La vie en communauté est un simple fait d'appartenance ; la vie sociale, elle, est déjà une association volontaire et active.
La première forme que prend cette coopération est l’échange – pas seulement économique. Face à la tendance contemporaine de réduction des échanges à leur aspect matériel, Claude Lévi-Strauss affirme que toute société repose sur des échanges dont les enjeux sont à chaque fois multiples : on n'échange pas que des choses ni seulement des services. Les échanges ne sont pas rendus nécessaires par l'état de société, ils sont l'état de société lui-même. L'économie, la parenté, le langage forment ainsi trois niveaux de communication et d'échange : ils constituent trois systèmes analogues.
Problème : si la société (avec l’échange) est bien la première condition du développement de l'humanité, la société doit-elle être considérée comme la finalité de l'homme, au point que l'individu devrait tout lui sacrifier ? Ou bien la société n'est-elle qu'un moyen pour assurer dans les meilleures conditions le bonheur individuel ?
Un double constat s'impose : si l'homme a besoin de la société, l'individu en tant que tel rêve secrètement de s'affranchir des contraintes collectives. D'autre part, il est banal de dire que "la société va mal", parce que tout simplement il n’est pas évident de vivre en société ! Se pose alors la question de la "sociabilité" proprement dite, que l'on peut définir comme la capacité plus ou moins naturelle de l'homme à vivre et à s'organiser socialement. Nous verrons d'abord quelle conception philosophique justifie cette proposition : l'homme est un être naturellement sociable. Nous verrons ensuite la part de convention – l'aspect également non naturel – qui préside à l'élaboration d'une société. Enfin nous parlerons d'"insociable sociabilité" pour rendre compte de cette contradiction qui fait que l'homme aime et n'aime pas vivre en société.

jeudi 2 juin 2011

Explication de “Par-delà bien et mal” (1886), partie II : "L’esprit libre", de Friedrich Nietzsche

Niveau : Terminales

 

Par-delà bien et mal, Prélude d'une philosophie de l'avenir (Jenseits von Gut und Böse - Vorspiel einer Philosophie der Zukunft ) fut publié en 1886 à compte d’auteur. Le titre fut premièrement traduit en Par-delà le bien et le mal par Henri Albert. Néanmoins, la traduction Par-delà bien et mal rend mieux compte du fait que Nietzsche entend se placer au-delà d'un couple de valeur, et non de chacune de ces valeurs considérées seules. Il comporte une préface, neuf parties et un postlude, "Du haut des monts", qui est un poème. Les neuf parties sont composées de 296 aphorismes, une forme que Nietzsche privilégie.

Ce "prélude à une philosophie de l'avenir" s'ouvre sur une critique des préjugés des philosophes, à commencer par leur croyance en la valeur absolue de la vérité, et annonce un nouveau type de penseur : "l'esprit libre", seul capable de redonner du sens à l'existence humaine en créant des valeurs nouvelles. Contre la croyance en l'existence d'un bien en soi et d'un mal en soi, contre la dualité même du bien et du mal, Nietzsche juge qu'"il n'y a pas de phénomènes moraux du tout, mais seulement une interprétation morale des phénomènes".

Résumé de la première partie I "Des préjugés des philosophes" précédant la partie II "L’esprit libre" :

Nietzsche, va s'intéresser en premier lieu à l'activité philosophique, plus exactement aux philosophes eux-mêmes et à leurs "préjugés" L'accusation semblera étonnante car les philosophes ne sont-ils pas, depuis toujours, les ennemis des préjugés ? Pour Nietzsche, les philosophes ont des préjugés "supérieurs", notamment de cette nature : ils croient au pouvoir absolu de la pensée (que fait donc la pensée sinon se penser elle-même ?), en l'existence de l'esprit, et par-dessus tout ils croient en la vérité ! Qu'est-ce donc que cette volonté des philosophes de rechercher la vérité ? De rechercher un ordre, un être "essentiel", une "chose en soi" ? Pourquoi l'apparence aurait-elle moins de valeur, pourquoi le sensible serait haïssable ? Selon Nietzsche cet héritage platonicien d'une recherche de l'absolu, d'un principe en dehors du monde révèle en vérité une crainte de la vie.