samedi 3 décembre 2011

TD sur l'ART


I. - Le jugement de goût : "les goûts et les couleurs…"

" En ce qui concerne l'agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu'il fonde sur un sentiment personnel et privé, et en vertu duquel il dit d'un objet qu'il lui plaît, soit du même coup restreint à sa seule personne. C'est pourquoi, s'il dit : "Le vin des Canaries est agréable", il admettra volontiers qu'un autre le reprenne et lui rappelle qu'il doit plutôt dire : "cela est agréable pour moi" ; et ce, non seulement pour ce qui est du goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi pour ce qui peut être agréable aux yeux ou à l'oreille de chacun. (…) A chacun son goût (pour ce qui est du goût des sens). Il en va tout autrement du beau. Il serait (bien au contraire) ridicule que quelqu'un qui se pique d'avoir du goût songeât à s'en justifier en disant : cet objet (l'édifice que nous avons devant les yeux, le vêtement que porte tel ou tel, le concert que nous entendons, le poème qui se trouve soumis à notre appréciation) est beau pour moi. Car il n'y a pas lieu de l'appeler beau, si ce dernier ne fait que de lui plaire à lui. S'il affirme que quelque chose est beau, c'est qu'il attend des autres qu'ils éprouvent la même satisfaction ; il ne juge pas pour lui seulement mais pour tout le monde, et il parle alors de la beauté comme si c'était une propriété des choses. " Emmanuel Kant (18è)

1) A quels objets s'applique la distinction faite par l'auteur entre l'"agréable" et le "beau" ?
2) Pourquoi l'auteur n’admet-il pas la formule "à chacun son goût" en ce qui concerne le Beau ? Comment le justifie t-il ?
3) Les trois jugements suivants sont-ils également vrais ? : "La Joconde est un tableau magnifique", "Tuer son prochain est un crime", "Deux et deux font quatre".

samedi 26 novembre 2011

Les hommes ont-ils besoin d'une religion ? (cours)



Introduction

1) Pourquoi et comment, en philosophie, parler de Religion ?
 
- Pourquoi ? Il est entendu que tout ce qui concerne l’Homme dans son essence et dans son existence concerne aussi la philosophie s’il est vrai que celle-ci doit d’abord répondre à la question “Qu’est-ce que l’Homme”, comme l’affirme Kant. Il est par ailleurs indiscutable que la religion est une composante essentielle de la Culture, au même titre que l’Art. Enfin il suffit de jeter un oeil sur l’histoire de la philosophie pour s’apercevoir que, de tous temps, les débats des philosophes avec (pour ou contre) la religion constitue une matière riche en réflexions et spéculations.
- Comment ? On n’attend pas que le philosophe prenne nécessairement parti, ni qu’il se penche sur telle religion en particulier plutôt que sur telle autre, du moins dans le cadre de la “philosophie générale”. On attend qu’il délivre le sens, le ‘Pourquoi’ du phénomène religieux dans son ensemble. Qu’il éclaire peut-être le sens des réponses religieuses (dogmes) à l’aune des questions philosophiques ?
 

vendredi 25 novembre 2011

"Ce monde est-il une prison ?" MATRIX AVEC PLATON (questionnaire, TD)


- Lire le texte de Platon, "l'allégorie de la caverne", dans le Livre VII de La République, œuvre maîtresse de Platon
- Voir ou revoir le film Matrix…




Questions

1) Qu’est-ce qu’une allégorie ?

2) Au-delà de la simple description, quel est le sens philosophique général de l’allégorie de la caverne ? (Tenir compte des divers éléments exposés, la caverne, les ombres, les prisonniers, les gardiens, etc. et aussi du fait qu’il s’agit d’un parcours et d’un récit.) Cette allégorie est-elle toujours actuelle ? Sommes-nous, hommes du XXIè siècle, comme ces prisonniers ?

3) Comparativement, qu’est-ce qui correspond à la Caverne dans le film Matrix ? Qui sont les prisonniers, les gardiens ? Qu’est-ce que le Réel ?

4) Quelle est l’activité des prisonniers dans la caverne ? Pourquoi sont-ils dans l’erreur ? En sont-ils conscients ? Pourquoi le monde des « sens » est-il porteur d’illusions ? A quelle sorte de « savoir » aboutit-on lorsqu’on « juge d’après les apparences » ? Comment se nomme cette sorte de savoir provenant uniquement de l’« expérience » sensible (indispensable dans les sciences par ailleurs).

5) Dans La République, Platon expose les caractéristiques d’une Cité idéale. L’un des problèmes majeurs est la sélection du « leader » ou du roi appelé à la gouverner (Platon n’envisage pas la démocratie) : celui qui se montrera capable d’exercer le pouvoir devra être un homme exceptionnel, un homme instruit et « libéré » des illusions de ce monde et des opinions communes. Cet enjeu politique et éducatif de l’allégorie étant posé, peut-on préciser davantage qui sont les « manipulateurs ou les « marionnettistes » évoqués par Platon dans l’allégorie ? Quelle est la nature de l’ « illusion » de ce point de vue,  des ombres de la caverne, et quels sont les moyens utilisés (correspondant au feu dans l’histoire) dans la société réelle pour maintenir les hommes (le peuple) dans l’ignorance ?

6) Pourquoi Platon imagine t-il qu’"on" va venir délivrer l’un des prisonniers ? Qui sont ces libérateurs ? Pourquoi n’envisage t-il pas qu’un prisonnier (voire un groupe) se détache de lui-même, par force ou par ruse ?

7) Dans Matrix, comment et par qui Néo est-il contacté ? Que signifie le fait que Néo soit qualifié d’« élu » par Morphéeus ? Comment qualifier l’état d’esprit dans lequel se trouve quotidiennement Néo ? « Tu sais que quelque chose ne tourne pas rond mais tu ne sais pas pourquoi » lui dit Trinity… Est-ce le début d’une démarche « philosophique » ? Par ailleurs peut-on dire que l’initiation de Néo par Morphéeus soit de nature philosophique ? (Lors de son initiation, Néo « apprend » en un clin d’oeil une foule de savoirs plus ou moins utiles comme des techniques de combat, mais par insémination mentale artificielle : ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle se former à la réflexion philosophique !) Qui sont les personnages les plus manifestement « philosophes » dans Matrix, s’il y en a ? (Vous pouvez aussi évoquer les films Matrix II et III si vous les avez vus.)

8) Qu’est-ce que l’histoire du film Matrix comporte de clairement religieux ? Cherchez la signification des noms propres : Néo, Morphéeus, Trinity… Qu’est-ce qui motive les principaux personnages du film dans leur parcours, leur raison de vivre ? L’amour tient-il un  rôle important  dans cette histoire ?

9) Pourquoi selon Platon la libération s’avère t-elle difficile et douloureuse pour le candidat à la Vérité ? Pourquoi s’effectue t-elle lentement et par étapes ? Pourquoi la philosophie est-elle une discipline difficile ?

10) Dans Matrix, que signifient au plan philosophique « la pilule bleue et la pilule rouge » ? Pourquoi Morphéeus prévient-il Néo en ces termes : « Souviens-toi, je ne t’offre que la Vérité, rien que la Vérité » ? Quelle est cette vérité dans le film ? Pourquoi, confronté à la vision du « réel », Néo refuse t-il d’abord de le croire ? Et pourquoi, une fois revenus dans le vaisseau avec Morphéeus, ce dernier s’excuse t-il de l’avoir libéré « alors qu’il n’était pas prêt » ? Pourquoi, après un certain âge, un esprit refuserait-il d’être libéré ?

11) S’il ne faut pas juger selon les apparences des sens, quelles autre sortes de jugements devrions-nous émettre ? Explicitez la métaphore du Soleil. Qu’est-ce qu’une Idée, une Essence ? En quoi le fait de réfléchir, de chercher et finalement de contempler les Idées vraies est-il considéré comme le Bien suprême pour un philosophe ? Pourquoi alors celui-ci ne reste-il pas cloîtré dans sa « tour d’ivoire », à l’abris des catastrophes de ce monde ? Pourquoi le libéré de Platon retourne t-il finalement dans la caverne ? Pourquoi faire ? Dans Matrix, quelle forme paradoxale prend le retour dans « la caverne » (souvenez-vous de la scène dans la voiture qui les conduit chez l’Oracle) ?

12) Parvenu chez l’Oracle, et auparavant lors de son entraînement avec Morphéeus, Néo n’en finit pas de découvrir les « pouvoirs de l’esprit ». Il apprend par exemple d’un enfant « élu potentiel » comment tordre une cuillère. Comment y parvient-il ? Qu’est-ce que cela révèle sur la nature de la « cuillère » ?

13) Pour Platon l’un des degrés de connaissance à acquérir (ce n’est pas le plus élevé), au dehors de la caverne et dans le monde réel, correspond à l’étude des nombres et de la mesure mathématique des choses (voir l’illustration). C’est cette connaissance qui permet ensuite d’acquérir l’efficacité technique, comme de construire des machines. Or dans Matrix, les humains sont victimes des machines. Cependant Morphéeus prédit à Néo qu’il aura finalement l’avantage sur elles, notamment au moment du combat décisif  contre l’Agent Smith. Pourquoi peut-on penser que l’intelligence humaine sera finalement toujours plus « forte » que celle des machines ? Que dit exactement Morphéeus ?

14) S’il est vrai que nos esprits sont aveuglés par les apparences, faisant de nous des esclaves, esclaves de notre corps (« le corps est le tombeau de l’âme » selon Platon) mais aussi des puissants, vous paraît-il judicieux de s’exercer à maîtriser son esprit ? Est-il possible de faire travailler l’esprit sans faire travailler le corps ? Dans Matrix, lorsque quelqu’un meurt dans la Matrice, il meurt aussi dans la réalité : pourquoi ? (Morphéeus le dit à un certain moment.) Qu’est-ce que cela révèle à propos de la « dualité de l’âme et du corps » ?

15) Dans Matrix, quelle est l’importance et la signification de l’Oracle ? Qui est-elle ? Pourquoi a t-elle inscrit chez elle la formule de l’oracle de Delphes reprise par Socrate : « Connais-toi toi même » ? Qu’apprend-elle finalement à Néo ? Pourquoi, à l’issue de la visite, Morphéeus dit-il à Néo : « Ce qui a été dit l’a été pour toi, seulement pour toi » ?

16) Dans l’allégorie de la caverne, comment interpréter l’hostilité des prisonniers à l’égard de celui qui  revient vers eux ? Peut-on le considérer comme un sauveur ou comme un… gêneur ? Dans Matrix, le comportement de Cypher est-il compréhensible, sinon excusable (il assassine quand-même froidement plusieurs membres de l’équipage !). Pourquoi lâche-t-il à l’Agent Smith, tout en dégustant un succulent (et cependant illusoire) rumsteack : « les ignorants sont bénis » ?

17) Enfin à quel événement réel, ayant très profondément et très douloureusement marqué Platon, peut faire penser la toute dernière phrase du texte (« Ils le tueraient certainement ») ?

samedi 15 octobre 2011

"C'est pour vous que je fais ça"

Ce sont les paroles (ou "je le fais pour vous", selon les témoignages) qu'aurait dites cette femme professeure de mathématiques, qui s'est récemment immolée par le feu à Béziers, en pleine cour de récréation, et qui bien sûr en est morte… Ce n'est pas un suicide ordinaire : on ne se fait brûler vive publiquement dans un lycée, comme on va se jeter au fond d'un puits à l'abri des regards. On n'accomplit pas ce type d'acte simplement "pour mourir", ni même seulement par désespoir, mais pour témoigner d'une douleur extrême, par et dans la douleur. Il s'agit d'une mise à mort publique, un acte symbolique authentiquement sacrificiel, parfaitement conscient et réfléchi, accompli pour les autres et pour délivrer un message d'une exceptionnelle gravité.
 
Peut-on ne pas entendre ce message malgré son urgence absolue ? Ne pas l'ébruiter ? Or l'on peut constater un silence assourdissant autour de cet acte qui, pour le moins, aurait dû faire évènement, et dont la possibilité même devrait être un scandale. Par ailleurs le relater au titre d'un vulgaire "fait divers" relève d'une totale indignité. L'on ne s'étonnera pas que les autorités tentent de minimiser l'affaire : surtout ne pas mettre en cause l'Education nationale, le gouvernement. Cette femme avait des problèmes "psychologiques" et des difficultés professionnelles, nous dit le ministre : non seulement les premières ne sont pas avérées (d'après les témoignages qui commencent à affluer), mais leur seule évocation a quelque chose d'obscène vu la détermination dont cette femme a fait preuve. Elle a choisi de s'immoler dans une cour de récréation, elle a donc clairement voulu témoigner de très graves difficultés professionnelles, et pas seulement à titre personnel. "C'est POUR vous que je fais CA" a-t-elle dit, en s'enflammant… N'est-ce pas suffisamment clair ?
 
Ah ? il y a donc des problèmes dans l'éducation nationale ? Oui et ils sont dus pour une large part au manque de moyens HUMAINS (non matériels), aux classes surchargées, à la pression insupportable que cela génère chez les professeurs comme chez les élèves. On évoque avec raison l'indiscipline et les incivilités de certains élèves, des établissements entiers laissés à l'abandon, etc., mais l'on refuse de fournir l'encadrement éducatif nécessaire justement pour lutter contre ces fléaux (mais des gendarmes et bientôt des sociétés privées de sécurité, oui !). Qu'attendons-nous pour l'entendre ? Cette femme pouvait-elle FAIRE DAVANTAGE pour le faire entendre ? Elle n'a pas d'abord accusé ou mis en cause ses élèves, elle a interpellé la société et les responsables politiques (elle n'a pas dit "c'est à cause de vous", mais bien "c'est pour vous" !). Son acte est essentiellement un acte militant et politique, et il devra bien un jour être honoré comme tel (honoré mais évidemment pas "glorifié", il ne s'agirait pas d'en faire un  modèle d'action).
 
Le gouvernement est sourd, le Ministre ne s'est pas excusé, le Président n'a pas daigné en parler… Mais nous ? Enseignants, parents, citoyens ? Qu'attendons-nous pour réclamer - au moins symboliquement - la démission de Luc Chatel pour incompétence et mise en danger de la vie d'autrui ? Faut-il attendre qu'un ELEVE désespéré passe à l'acte et s'immole à son tour ? Cela pourrait aussi bien se produire tant les problèmes des élèves et ceux rencontrés par les enseignants sont systémiquement liés. Ils se traduisent par les mêmes symptômes : ennui, stress, anxiété, agressivité, "pétages de câbles" divers et variés. Les causes sont fondamentalement identiques et tiennent à la déshumanisation croissante des rapports sociaux. C'est un fait que dans le système éducatif français, l'humain n'est plus au centre, l'humain est sacrifié, raréfié, surexploité, et désormais c'est l'administration qui gouverne, de plus en plus tyranniquement. Le cynisme et l'autoritarisme de certains recteurs chouchous du gouvernement n'ont aujourd'hui plus de limites.
 
Ignorer la globalité du problème reviendrait à rejeter la responsabilité de ce drame sur les élèves, ce qui serait à la fois injuste et lâche. Et si le scandale des scandales arrivait un jour, à savoir le suicide d'un enfant ou d'un adolescent dans de telles conditions extrêmes, n'exigerions-nous pas alors la démission des plus hauts représentants de l'Etat ? Essentiellement l'école est faite par des enseignants pour l'éducation et l'instruction des élèves. C'est pour eux qu'il faut d'abord réagir, pour leur sécurité et leur avenir. Il ne s'agit nullement de "plaindre" les enseignants (d'autres sont plus à plaindre, c'est vrai aussi) mais de prendre la mesure d'un problème gravissime. Aujourd'hui en France, le suicide et le désespoir se sont immiscés dans ce qui devrait au contraire perdurer comme un sanctuaire : l'école de la République.
 
Récemment, suite à une agression d'un des leurs survenue dans un train, les cheminots se sont immédiatement mis en grève, ou ont fait valoir leur droit de retrait. Dans un lycée français, une enseignante se fait brûler vive, se sacrifie publiquement en s'infligeant la pire souffrance, et nous ne réagirions pas ? Les autorités n'auraient pas de comptes à rendre ? Pourquoi les syndicats eux-mêmes n'appellent-ils pas clairement à une action de protestation, à une marque forte de solidarité ? Apparemment il faudra se contenter de déclarations purement formelles, de vagues condoléances, mais rien de politique. Heureusement une coordination enseignante appelle à un débrayage national le JEUDI 20 OCTOBRE A 10H, en guise d'hommage et de commémoration, dans tous les établissements de France. C'est bien le minimum, en effet…

dimanche 9 octobre 2011

TD sur la Technique

Séries technologiques

I - La main, un outil polyvalent ?

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"Anaxagore prétend que c'est parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c'est de dire qu'il a des mains parce qu'il est le plus intelligent. (…) En effet, l'être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d'outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C'est donc à l'être capable d'acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l'outil de loin le plus utile, la main. Aussi, ceux qui disent que l'homme n'est pas bien constitué et qu'il est le moins bien partagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n'a pas d'armes pour combattre) sont dans l'erreur. Car les autres animaux n'ont chacun qu'un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n'importe quoi d'autre, et ne doivent jamais déposer l'armure qu'ils ont autour de leur corps ni changer l'arme qu'ils ont reçue en partage. L'homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d'en changer et même d'avoir l'arme qu'il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut-être tout cela, parce qu'elle est capable de tout saisir et de tout tenir. La forme même que la nature a imaginée pour la main est adaptée à cette fonction.". (Aristote)
1) Concernant le rapport de causalité entre intelligence/main, qui a raison : Anaxagore ou Aristote ?
2) La main est-elle réellement un "outil" ? Quel est le rapport exact de la main avec l'outil ?
3) La main a-t-elle seulement une fonction utilitaire ?

dimanche 25 septembre 2011

Fiches de suivi et d'auto-évaluation pour la dissertation et l'explication de texte en philosophie


Dissertation



Explication




Avertissement : ces fiches ne sont pas magiques !

Ces fiches peuvent être utiles pour l'élève dans la mesure où elles lui montrent ce qu'il faut faire et ne pas faire, d'une façon générale. Mais elles n'indiquent pas s'il a compris correctement ou non le sujet (question ou  texte) qui lui est proposé en devoir, ce qui reste quand même l'essentiel !
Du côté du professeur, la correction est - bien sûr ! - consciencieuse, mais elle n'est pas une science exacte. Cette fiche lui servira plutôt à vérifier dans le détail le bien-fondé de son premier jugement (y compris la note), lequel est toujours d'abord synthétique, mais là encore d'un point de vue uniquement formel.


mardi 13 septembre 2011

Faut-il parler de la Culture ou des cultures ? (cours)

Niveau : terminales

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I - Qu'est-ce que la Culture ? Définition et problématique

1) Etymologie




Le mot "culture" vient du verbe latin "colere" qui signifie d’abord "cultiver son champ" ou plus généralement le lieu que  l'on habite. Le mot "colture" est pour sa part attesté en 1150. Mais cela implique aussi bien : mettre ce lieu en valeur, le soigner, le travailler. Il s'agit d'une activité à la fois transformatrice et valorisante. D'où, enfin, l'idée d'honorer, vénérer, comprise dans le noyau même du mot culture : "culte". Rendre un culte à un dieu, c'est honorer l'être qui habite un lieu et le protège. L'étymologie noue, dès l'origine du mot, un élément de fait ou "immanent" (habiter un lieu, un pays) et un élément de valeur ou "transcendant" (transformer et honorer ce lieu). La valeur ou la valorisation, l'enrichissement et le perfectionnement sont le propre de la Culture en général.
C'est ainsi qu'il faut entendre le verbe "se cultiver" appliqué à l'individu : se cultiver revient à se valoriser, s'améliorer, par l'instruction, l'éducation, la transmission des arts et des savoirs.

2) Définitions

Définissons la Culture, en général, comme l'ensemble des processus par lesquels l'homme transforme son environnement et se transforme lui-même en se perfectionnant, à la fois individuellement et collectivement.
- Pour un individula culture désigne l'ensemble de ses connaissances acquises par l’esprit. Elle s'assimile à l'éducation dans le domaine intellectuel (instruction) aussi bien que moral ou même affectif.
- Appliqué à la société, le mot culture désigne l'ensemble des règles et des valeurs présentes dans un groupe social. La notion voisine alors avec celle de civilisation. Elle se manifeste d'abord par une langue commune, puis par l'ensemble des coutumes et des institutions, des techniques et des savoirs, des croyances (comme la religion) et des représentations (comme l'art) forgés par une communauté.

mercredi 22 juin 2011

Le Banquet de Platon

Téléfilm franco-italien réalisé par Marco Ferreri, diffusé en 1989..

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Parties suivantes :

lundi 20 juin 2011

Peut-on dire que toutes les cultures se valent ? (introduction et plan)



Introduction

Amener le sujet (= pourquoi cette question ?) – Si tous les hommes et tous les peuples possèdent une culture, il est évident que toutes les cultures ne se ressemblent pas ; elles sont multiples et non identiques. Pourtant, malgré leurs différences, les cultures sont-elles également respectables et bonnes pour l’homme ? Sous cet angle qualitatif, peut-on dire que toutes les cultures se valent ?
Analyser le sujet (= que signifie cette question, quel est son enjeu ?) – Le terme principal est la « culture ». Sa signification varie sensiblement selon qu’on l’emploie au singulier ou au pluriel. « La » Culture représente l’édification humaine en général, ce qui « élève » un individu et fait de lui un homme à part entière. « Une » culture (particulière) représente plus précisément l’ensemble des mœurs, des conduites, des valeurs, des croyances (mythiques ou religieuses), des caractéristiques sociales, économiques, techniques, linguistiques, inventées par les hommes et propres à un groupe humain donné à un moment donné. Ce dernier sens est manifestement celui qui prévaut dans notre sujet, lequel nous invite à questionner non seulement « les » cultures mais « toutes » les cultures : peut-on dire qu’une culture en vaut une autre, sans exception aucune ?
Annoncer le plan (= comment va t-on traiter le problème, en confrontant quels points de vue, et dans quel ordre ?) Pour comparer les cultures et pouvoir préciser éventuellement en quoi elles se valent, il faut dans un premier temps dégager ce qu’elles possèdent en commun, soit l’ « essence » même de la Culture. La culture doit alors nous apparaître comme un phénomène humain universel rendant, de ce point de vue, toutes les cultures équivalentes. Mais dans un  second temps, il faudra bien en venir à ce que chacun peut observer, sur un plan accidentel et non plus essentiel, à savoir les différences flagrantes entre les cultures : dès lors, comment résister à la tentation de « juger » ou d’ « évaluer » les cultures étrangères en utilisant ses propres critères culturels comme référence absolue ? Cependant, si l’éthnocentrisme s’avère inacceptable, devons-nous céder pour autant au relativisme lâche du « tout se vaut » ? Nous devrons bien chercher, dans un troisième temps, des critères universels de « civilisation » (s’ajoutant à ceux de la « culture » proprement dite) ou plus simplement des « principes » permettant de condamner certaines pratiques et certains actes, commis souvent « au nom » des particularités culturelles, mais indignes de l’homme et de toute culture véritable.

Développement (plan détaillé)

I – Qu’est-ce que « la » Culture et quelles sont les caractéristiques communes à toutes les cultures ?
- La culture est la marque de l’humanité. L’homme modifie le donné naturel en le niant, aussi bien autour de lui (transformation de l’environnement par la technique et le travail) qu’en lui : culture au sens d’artificialisation du comportement et des rapports interhumains (structures de parenté, structures sociales, échanges économiques), des modes de pensée (croyances religieuses, structuration de la « vision du monde » par la langue), etc.
- Parmi toutes les règles et les normes édictées par culture, on peut citer la prohibition de l’inceste comme étant la plus universelle. Toutes les cultures rejettent cette pratique d’essence animale pour lui substituer une codification des échanges (amoureux aussi qu’économiques).permettant à la communauté de se développer.
- Le trait commun à toute les culture est la présence d’une Tradition. Intégrer la mémoire d’un peuple, pérenniser son identité, transmettre les symboles et les savoirs-faire : telles sont les que l’on peut assigner à la culture en tant que Tradition.
> Du point de vue leur essence (« la » culture), toutes les cultures se valent. Mais les observant dans leurs particularités ?

II – Pourquoi les cultures paraissent-elles si différentes et parfois même incompatibles ? Peut-on se permettre de les juger ?
- Il est normal que les cultures se différencient puisqu’elles reflètent l’expérience vécue de peuples séparés géographiquement, n’ayant pas les mêmes besoins et impératifs de survie. Ainsi l’ethnologie révèle des différences notables dans les structures de parenté (monogamie, polygamie…), dans les rites de politesse ou l’expression des sentiments amoureux, etc. Cette diversité n’est pas un hasard : les cultures « cultivent » leurs différences. Lévi-Strauss a révélé que plus la proximité géographique est grande, plus la différenciation culturelle augmente : affirmation d’une identité collective qui passe par la rupture avec le modèle culturel voisin…
- Ces différences peuvent apparaître comme des « inégalités » si l’on prend comme système de référence le caractère propre d’une culture pour « évaluer » les cultures étrangères. Du point de vue de la culture technicienne propre au monde occidental, il est évident que certains pays d’Orient ou du continent africain paraîtront sous-développés et donc culturellement moins riches. Mais un tel jugement s’inverse si l’on prend pour référence le traitement de la folie (chamanisme) ou de la vieillesse, la maîtrise du corps par la danse et la transe : dans ce cas, « notre » culture intellectuelle et abstraite semblera en retard et infirme par rapport aux cultures dites « archaïques » ou « primitives ».
- Dans tous les cas un tel jugement relève de l’ethnocentrisme, ce préjugé commun consistant à ériger sa culture en norme ou référence absolue. Nous avons pourtant démontré (1ère partie) que toute culture est une expression authentique de l’humain, précisément dans la rupture de cet ordre humain avec l’ordre purement naturel et notamment animal. De quel droit, donc, pourrions-nous juger la culture des autres ? Si la culture en général révèle l’humanité d’un peuple, si chaque culture particulière révèle plus précisément son identité, on ne peut pas plus juger l’identité d’un peuple que l’on ne peut juger l’être d’une personne. Il est temps de distinguer formellement deux instances fort différentes : les représentations et les actes. Seuls les actes ou les pratiques peuvent être soumis à des jugements de valeur. Or la culture relève d’un système de représentations qui, au même titre que la pensée personnelle, réclame une liberté et donc un respect sans condition. Il reste à expliquer pourquoi  certains actes sont commis au nom de certaines représentations de la culture, et pourquoi nous ne pouvons que les condamner.

III – Peut-on fixer des critères universels de « civilisation » supérieurs aux critères propres à chaque culture ?
- Tout d’abord, évitons un piège lié à ce terme de « civilisation ». Si on ne le distingue pas formellement du terme de culture, on se rendra coupable du pire ethnocentrisme en laissant entendre qu’il existe des cultures plus raffinées ou plus civilisées que d’autres : nous sous-entendrions immanquablement une supériorité (technique, morale, philosophique) de la culture/civilisation occidentale (voire européenne).
- Par « civilisation » il faut entendre un degré élevé de « civilité » au sens le plus général du terme, soit un ensemble de normes, universelles autant que positives (= écrites, réelles) susceptibles d’interdire certains actes et certaines pratiques que nous pourrions qualifier à juste titre de « barbares ». En effet le cannibalisme, l’excision, les sacrifices sanglants, pour ne citer que ces exemples, ne sont pas condamnables en tant qu’éléments d’une culture donnée (au contraire cet aspect culturel les rend plutôt compréhensibles) ; ils le sont en tant que pratiques sociales qui tentent de se justifier sous des alibis culturels, alors que leurs motifs réels apparaissent bien plus triviaux (politiques la plupart du temps). Il ne faut donc pas hésiter à invoquer des principes universels que la philosophie et la conscience de l’Histoire ont permis d’élaborer (les Droits de l’homme… pour ne pas les citer) afin de condamner sans ambiguïtés des actes criminels et barbares (d’ailleurs qualifiés comme tels par la loi).

Conclusion

Par définition il n’y a pas de culture « bonne » ou « mauvaise ». La culture d’un peuple est toujours bonne pour lui ! Il n’existe pas de culture qui prenne le contre-pied des intérêts moraux et même matériels d’un peuple. Même si la Tradition peut sembler rétrograde et freiner parfois le « progrès », il faut toujours répondre à ceci qu’un peuple privé de culture n’existerait plus – conséquence bien plus grave !
Toutes les cultures se valent bien,  mais on ne peut s’empêcher d’admirer davantage les cultures – ou plutôt les aspects d’une culture – qui favorisent l’échange, le mélange, l’ouverture aux autres cultures, en application du principe d’équivalence qui nous venons d’énoncer. Il en va alors d’un degré de civilisation, qui régimente les actes et les pratiques sociales, et plus seulement les représentations culturelles.

Peut-on être artiste sans être artisan ? (introduction et plan)



 
1) Amener le sujet
- L’opinion commune (doxa) : Pour être artiste il faut « avoir du talent », il faut « être doué ». Ce n’est pas comme l’artisan qui doit « s’y » connaître » dans son  métier…
- Remarque : Pourtant l’artiste et l’artisan ont en commun la production d’une œuvre, ou d’un ouvrage, et dans les deux cas cela nécessite une technique, des procédés et des règles.
- Alors : Peut-on être artiste sans être artisan ?

2) Analyser le sujet et poser le problème
- Artiste : Celui qui réalise une œuvre picturale, musicale ou autre, dans tous les cas une représentation valant pour ses aspects expressifs, symboliques et esthétiques (beauté). L’artiste crée librement en suivant son « inspiration ».
- Artisan : Celui qui réalise un ouvrage matériel utile ou décoratif, en appliquant des règles traditionnelles pré-définies mais en y ajoutant sa « touche personnelle » (un style). Le raffinement, l’originalité ou la perfection sont les valeurs généralement attribuées à ce type de production.
- Or : Les deux activités possèdent une racine commune, c’est l’art de faire au sens ancien, la techné grecque. On nous demande donc si l’art au sens de création libre peut se passer de toute technique artisanale et de toute règle. La création est-elle oui ou non un travail ? L’artiste peut-il faire n’importe quoi n’importe comment ?

3) Annoncer le plan
- Thèse 1 : L’artiste n’est pas un artisan, il est libre.
L’art est « une création par liberté » (Kant) et le règne de l’imagination.
L’artisan au contraire et un travailleur, un ouvrier au sens noble du terme, il a une fonction sociale précise (l’artiste non).
- Thèse 2 (objection) : l’artiste est aussi, sous certains aspects, un artisan (et réciproquement
La création artistique n’est pas le fruit d’une imagination pure et gratuite : l’artiste transforme concrètement un matériau, cela nécessite un apprentissage et une maîtrise. Le « génie » applique des règles mais il ne le fait pas consciemment.
L’artisan lui-même est un artiste, « par éclairs », quand il découvre de nouvelles manières de faire. De plus la beauté fait toujours partie de ses objectifs.
- Thèse 3 (dépassement, solution) : l’artiste a été autrefois, mais il n’est plus vraiment un artisan, les différences l’emportent.
L’art a évolué : l’art contemporain a bubverti les règles classiques de la création (harmonies, proportion, etc.) et les canons de la beauté (CF. Malraux sur l’art moderne). Le ready-made (Duchamp) a encore accentué la prise de liberté des artstes.
La technique elle-même a évolué : nous sommes passés de l’artisanat individuel à la technologie industrielle.
Conclusion : l’application des règles n’est pas ou n’est plus la caractéristique de l’art. L’art veut conquérir sa liberté (dans la forme comme dans le contenu), c’est pourquoi il est aujourd’hui possible d’être artiste sans être un artisan. On peut malgré tout se demander si l’art ne risque pas de devenir totalement inutile ?

L'existence et la conscience de soi (explication d'un texte de Hegel)




"Les choses de la nature n'existent qu'immédiatement et d'une seule façon, tandis que l'homme, parce qu'il est esprit, a une double existence; il existe d'une part au même titre que les choses de la nature, mais d'autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense et n'est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi. Cette conscience de soi, l'homme l'acquiert de deux manières: Primo, théoriquement, parce qu'il doit se pencher sur lui-même pour prendre conscience de tous les mouvements, replis et penchants du cœur humain et d'une façon générale se contempler, se représenter ce que la pensée peut lui assigner comme essence, enfin se reconnaître exclusivement aussi bien dans ce qu'il tire de son propre fond que dans Ies données qu'il reçoit de l'extérieur. Deuxièmement, l'homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu'il est poussé à se trouver lui-même. à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s'offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures, qu'il marque du sceau de son intériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations. L'homme agit ainsi, de par sa liberté de sujet, pour ôter au monde extérieur son caractère farouchement étranger et pour ne jouir des choses que parce qu'il y retrouve une forme extérieure de sa propre réalité." (F. Hegel)




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samedi 11 juin 2011

La société et les échanges

La société est le milieu de vie de l'être humain qu’on hésite à dire "naturel", pour plusieurs raisons. D'abord il ne faudrait pas confondre "communauté" et "société" : la seconde suppose une organisation avec des règles, voire des institutions, une culture et un système d'échanges économiques complexes. Tandis qu'une communauté se dit de n'importe quelle sorte de regroupement humain : ce qui la caractérise, ce n'est pas d'abord l'organisation, mais le partage d'un vécu faisant naître un sentiment de solidarité. La vie en communauté est un simple fait d'appartenance ; la vie sociale, elle, est déjà une association volontaire et active.
La première forme que prend cette coopération est l’échange – pas seulement économique. Face à la tendance contemporaine de réduction des échanges à leur aspect matériel, Claude Lévi-Strauss affirme que toute société repose sur des échanges dont les enjeux sont à chaque fois multiples : on n'échange pas que des choses ni seulement des services. Les échanges ne sont pas rendus nécessaires par l'état de société, ils sont l'état de société lui-même. L'économie, la parenté, le langage forment ainsi trois niveaux de communication et d'échange : ils constituent trois systèmes analogues.
Problème : si la société (avec l’échange) est bien la première condition du développement de l'humanité, la société doit-elle être considérée comme la finalité de l'homme, au point que l'individu devrait tout lui sacrifier ? Ou bien la société n'est-elle qu'un moyen pour assurer dans les meilleures conditions le bonheur individuel ?
Un double constat s'impose : si l'homme a besoin de la société, l'individu en tant que tel rêve secrètement de s'affranchir des contraintes collectives. D'autre part, il est banal de dire que "la société va mal", parce que tout simplement il n’est pas évident de vivre en société ! Se pose alors la question de la "sociabilité" proprement dite, que l'on peut définir comme la capacité plus ou moins naturelle de l'homme à vivre et à s'organiser socialement. Nous verrons d'abord quelle conception philosophique justifie cette proposition : l'homme est un être naturellement sociable. Nous verrons ensuite la part de convention – l'aspect également non naturel – qui préside à l'élaboration d'une société. Enfin nous parlerons d'"insociable sociabilité" pour rendre compte de cette contradiction qui fait que l'homme aime et n'aime pas vivre en société.

jeudi 2 juin 2011

Explication de “Par-delà bien et mal” (1886), partie II : "L’esprit libre", de Friedrich Nietzsche

Niveau : Terminales

 

Par-delà bien et mal, Prélude d'une philosophie de l'avenir (Jenseits von Gut und Böse - Vorspiel einer Philosophie der Zukunft ) fut publié en 1886 à compte d’auteur. Le titre fut premièrement traduit en Par-delà le bien et le mal par Henri Albert. Néanmoins, la traduction Par-delà bien et mal rend mieux compte du fait que Nietzsche entend se placer au-delà d'un couple de valeur, et non de chacune de ces valeurs considérées seules. Il comporte une préface, neuf parties et un postlude, "Du haut des monts", qui est un poème. Les neuf parties sont composées de 296 aphorismes, une forme que Nietzsche privilégie.

Ce "prélude à une philosophie de l'avenir" s'ouvre sur une critique des préjugés des philosophes, à commencer par leur croyance en la valeur absolue de la vérité, et annonce un nouveau type de penseur : "l'esprit libre", seul capable de redonner du sens à l'existence humaine en créant des valeurs nouvelles. Contre la croyance en l'existence d'un bien en soi et d'un mal en soi, contre la dualité même du bien et du mal, Nietzsche juge qu'"il n'y a pas de phénomènes moraux du tout, mais seulement une interprétation morale des phénomènes".

Résumé de la première partie I "Des préjugés des philosophes" précédant la partie II "L’esprit libre" :

Nietzsche, va s'intéresser en premier lieu à l'activité philosophique, plus exactement aux philosophes eux-mêmes et à leurs "préjugés" L'accusation semblera étonnante car les philosophes ne sont-ils pas, depuis toujours, les ennemis des préjugés ? Pour Nietzsche, les philosophes ont des préjugés "supérieurs", notamment de cette nature : ils croient au pouvoir absolu de la pensée (que fait donc la pensée sinon se penser elle-même ?), en l'existence de l'esprit, et par-dessus tout ils croient en la vérité ! Qu'est-ce donc que cette volonté des philosophes de rechercher la vérité ? De rechercher un ordre, un être "essentiel", une "chose en soi" ? Pourquoi l'apparence aurait-elle moins de valeur, pourquoi le sensible serait haïssable ? Selon Nietzsche cet héritage platonicien d'une recherche de l'absolu, d'un principe en dehors du monde révèle en vérité une crainte de la vie.

lundi 11 avril 2011

L’existence du mal

Petite théorie existentialiste du mal.

S'agissant de définir le Mal en général, l'on peut proposer une tripartition sémantique commode où la perversion – plutôt la perversité - se laisse cerner seulement sous le troisième aspect. Il s'agit de distinguer le malheur, la maladie et le mal proprement dit ; ces trois termes pouvant être pris aussi bien en synchronie qu'en diachronie.
Ainsi, le monde antique perçoit le mal sous la forme du malheur, c'est-à-dire une malédiction imputable à quelque grand Autre cruel ou vengeur : pour autant on ne saurait qualifier la volonté divine de perverse. Ni la culpabilité des dieux ni celle des hommes ne se trouvent véritablement engagées.
Le monde moderne cherche au contraire à justifier en rationalisant, il juge le mal en fonction d'une normalité simplement déviée, rompue, objectivement ou même subjectivement, mais toujours réparable. Au fond, il n'y a pas vraiment de mal : Leibniz le biffe au nom de la logique et de la raison, Hegel l'intègre dans l'Histoire.
Or l'époque contemporaine a pris conscience - peut-être parce qu'elle l'a rencontré - d'un mal absolument mauvais, un mal causé par l'homme et identifiable dans le réel. Kant le premier l'a nommé "mal radical", parce qu'il prend racine dans la liberté et dans la volonté humaine, malgré la loi. C'est la possibilité, en l'homme, de nier l'humain, la capacité intellectuelle et volontaire, consciente, d'éradiquer la conscience et toute forme de sens.
Marx analyse et dénonce également un mal qui ne se réduit ni au malheur ni à la maladie, car il l'identifie clairement comme exploitation de l'homme par l'homme : c'est un fait historique, politique, qui réclame une solution elle-même active et politique.
L'époque contemporaine se caractérise par l'expérience d'un mal largement incompréhensible, injustifiable, bien qu'il nous apparaisse clairement comme une émanation de la liberté humaine. Comme si à la fois privé du fatalisme et du déterminisme, nous nous trouvions devant l'énigme de notre propre méchanceté, notre tendance à l'autodestruction. Les camps, l'exploitation, la technique ne sont que des aspects majeurs d'un déchaînement immanent à la liberté elle-même, qui prend la forme paradoxale d'une nécessité ou d'une puissance échappant à tout contrôle. Le sujet civilisation est dorénavant capable de s'infliger à lui-même ce que seuls les dieux, autrefois, pouvaient envoyer aux humains : des fléaux innommables, des pandémies assassines, des ravages écologiques et météorologiques, etc.
Le mal, ce n'est pas à proprement parler le fléau lui-même, mais la destruction du sens - parfois sous la forme de réactions absolutistes, réactionnaires - qu'il entraîne. Cette fois l'on peut parler de perversité, car c'est en connaissance de cause que l'homme, s'auto-divinisant, agit contre lui-même. Le mal, c'est-à-dire la récurrence du mal est coextensif à l'écrasement du sens. Le mal est immanent à la liberté et jusqu'à l'existence, lorsqu'elles s'écrasent sur elles-mêmes, dans la représentation (d'elles-mêmes), dans la dénégation de la différence et surtout le déni de la dette. Car le sujet n'ek-siste véritablement qu'en étant en dette de lui-même, en dette de l'exister, grâce à quoi il laisse également exister l'autre. 

vendredi 11 mars 2011

L'oeuvre d'art vient de l'esprit... Explication d'un texte de Hegel (plan)


" L'œuvre d'art vient donc de l'esprit et existe pour l'esprit, et sa supériorité consiste en ce que si le produit naturel est un produit doué de vie, il est périssable, tandis qu'une oeuvre d'art est une oeuvre qui dure. La durée présente un intérêt plus grand. Les événements arrivent, mais, aussitôt arrivés, ils s'évanouissent; I'œuvre d'art leur confère de la durée, les représente dans leur vérité impérissable. L'intérêt humain, la valeur spirituelle d'un événement, d'un caractère individuel, d'une action, dans leur évolution et leurs aboutissements, sont saisis par l'œuvre d'art qui les fait ressortir d'une façon plus pure et transparente que dans la réalité ordinaire, non artistique. C'est pourquoi l'œuvre d'art est supérieure à tout produit de la nature qui n'a pas effectué ce passage par l'esprit. C'est ainsi que le sentiment et l'idée qui, en peinture, ont inspiré un paysage confèrent à cette oeuvre de l'esprit un rang plus élevé que celui du paysage tel qu'il existe dans la nature. " Hegel



Introduction

Amener le sujet : on ne peut qu'être frappé par la pérennité et le succès intemporel de nombreux chef d'oeuvres.

Thème : l'oeuvre d'art

Thèse : parce qu'elle est spirituelle et en un sens immortelle, l'oeuvre d'art est supérieure aux données de la nature.

Problème : il s'agit de savoir si l'art est une imitation de la nature ou au contraire un dépassement de la nature. L'essence et la finalité de l'oeuvre d'art ne sont-elles pas avant tout spirituelles ? Faut-il en déduire une "supériorité" absolue de l'art sur la nature ?

Plan (du texte et du commentaire)

1) Du début jusqu'à "impérissable" : en tant que spirituelle, l'oeuvre immortalise la réalité qu'elle représente. 2) De "'l'intérêt humain" jusqu'à "non artistique" : en tant que spirituelle, l'oeuvre saisit les choses et les évènements dans leur vérité. 3) Jusqu'à la fin : donc il y a une hiérarchie, une supériorité de l'oeuvre par rapport à la réalité naturelle.


Plan du développement

1) La durée et le caractère impérissable de l'oeuvre d'art

- "L'oeuvre vient de l'esprit et existe pour l'esprit". En effet l'oeuvre est humaine et s'adresse à l'homme, plus précisément elle est le produit de l'esprit humain et ne s'apprécie qu'au moyen de l'esprit. Il faut se souvenir ici de la distinction kantienne des différentes satisfactions : la satisfaction esthétique (c'est beau) est spirituelle et non physique (c'est bon). D'autre part l'oeuvre est l'expression d'un savoir-faire, d'une "technique" et donc d'une pensée pratique. Enfin elle traduit l'effort de l'imagination qui est bien une faculté de l'esprit ; plus précisément, la création nécessite un accord, une symbiose entre différentes facultés sensitives, imaginatives, rationnelles.

- "une oeuvre d'art est une oeuvre qui dure". Par définition les données naturelles appartiennent au temps et sont périssables. Les créations artistiques, au contraire, sont immortelles en tant que symboliques (cad abstraites) et pas seulement matérielles : par exemple une oeuvre musicale n'a rien à craindre du temps puisqu'on peut toujours la rejouer à l'infini. Les oeuvres sont transmises de génération en génération et survivent de cette manière. Certes, les êtres naturels vivants se reproduisent, cependant ce ne sont plus les mêmes individus.

2) L'oeuvre saisit les choses et les évènements dans leur vérité

- Qu'est-ce que cette vérité révélée par l'oeuvre ? Il s'agit de l'essence des choses, telle que 'esprit humain peut la saisir, c'est-à-dire ce qu'il en reste justement après leur simple passage, après leur fin temporelle. Les choses ou les évènements ne sont pas intemporels en eux-mêmes, bien au contraire ; mais justement leur représentation artistique leur confère cette durée et cette immortalité ou les gravant dans la mémoire humaine, de façon sensible et esthétique (belle) pour qu'ils demeurent plus longtemps (le simple récit objectif d'un événement ne suffit pas : il faut le dramatiser). D'autre part seule la représentation abstraite d'une chose permet d"établir des relations intelligentes avec d'autres réalités, naturelles ou historiques. L'art est donc une forme de pensée ; ou du moins l'oeuvre donne à penser.

- "l'intérêt humain" : cette formule résume ce que l'on attend d'un "belle" ou d'une "grande" oeuvre. La beauté d'une oeuvre est universelle - ou : l'oeuvre a une dimension spirituelle - lorsque qu'elle rend la dimension humaine d'une chose et, ce faisant, elle s'adresse à tous les hommes.


3) Peut-on en déduire une "supériorité" de l'oeuvre sur les produits de la nature ?

- « le passage par l’esprit » est, pour Hegel, la marque d’une supériorité. Pour ce philosophe, l’opposition de l’esprit et de la nature n’est pas simple mais « dialectique », c’est-à-dire que la supériorité de l’esprit n’est pas une domination mais un dépassement. Les œuvres de l’esprit ne se font pas « ex nihilo », il leur faut une matière sur laquelle agir (c’est la nature) ; l’œuvre opère alors une transformation, une spiritualisation de l’élément naturel qui, certes, n’a rien d’une imitation, mais ne revient pas non plus à un simple effacement.

- La position de Hegel peut sembler exagérément « idéaliste ». Il est bien vrai que la production naturelle et la création artistique (consciente, intentionnelle, libre, etc.) ne coïncident jamais. Cependant il est aussi réducteur de considérer la nature comme un simple matériau transformable. La nature peut aussi bien apparaître comme le symbole d’une réalité énigmatique et finalement inspiratrice pour les artistes…

Conclusion

Si l’œuvre d’art venait uniquement de l’esprit et n’existait que pour lui, le parfait chef d’œuvre ne serait-il pas alors lui-même une sorte d’esprit dépourvu de toute matière ? Si les distinctions proposées par l’auteur entre la nature et l’art paraissent incontournables, elles ne doivent pas faire oublier que l’art reste avant tout une pratique et non une pensée abstraite.

vendredi 4 mars 2011

Platon : l’allégorie de la caverne (texte et questions)


Texte de Platon (Traduction : Emile Chambry) – La République, Livre VII
— Eh bien après cela, dis-je, compare notre nature, considérée sous le rapport de l’éducation et du manque d’éducation, à la situation suivante. Voici des hommes dans une habitation souterraine en forme de grotte, qui a son entrée en longueur, ouvrant à la lumière du jour l’ensemble de la grotte ; ils y sont depuis leur enfance, les jambes et la nuque pris dans des liens qui les obligent à rester sur place et à ne regarder que vers l’avant, incapables qu’ils sont, à cause du lien, de tourner la tête ; leur parvient la lumière d’un feu qui brûle en haut et au loin, derrière eux ; et entre le feu et les hommes enchaînés, une route dans la hauteur, le long de laquelle voici qu’un muret a été élevé, de la même façon que les démonstrateurs de marionnettes disposent de cloisons qui les séparent des gens ; c’est par-dessus qu’ils montrent leurs merveilles.
— Je vois, dit-il.
— Vois aussi, le long de ce muret, des hommes qui portent des objets fabriqués de toute sorte qui dépassent du muret, des statues d’hommes et d’autres êtres vivants, façonnées en pierre, en bois, et en toutes matières ; parmi ces porteurs, comme il est normal, les uns parlent, et les autres se taisent.
— C’est une image étrange que tu décris là, dit-il, et d’étranges prisonniers.
— Semblables à nous, dis-je. Pour commencer, en effet, crois-tu que de tels hommes auraient pu voir quoi que ce soit d’autre, d’eux-mêmes et les uns des autres, que les ombres qui, sous l’effet du feu, se projettent sur la paroi de la grotte en face d’eux ?
— Comment auraient-ils fait, dit-il, puisqu’ils ont été contraints, tout au long de leur vie, de garder la tête immobile ?
— Et en ce qui concerne les objets transportés ? n’est-ce pas la même chose ?
— Bien sûr que si.
— Alors, s’ils étaient à même de parler les uns avec les autres, ne crois-tu pas qu’ils considéreraient ce qu’ils verraient comme ce qui est réellement ?
— Si, nécessairement.
— Et que se passerait-il si la prison comportait aussi un écho venant de la paroi d’en face ? Chaque fois que l’un de ceux qui passent émettrait un son, crois-tu qu’ils penseraient que ce qui l’émet est autre chose que l’ombre qui passe ?
— Non, par Zeus, je ne le crois pas, dit-il.
— Dès lors, dis-je, de tels c hommes considéreraient que le vrai n’est absolument rien d’autre que l’ensemble des ombres des objets fabriqués.
— Très nécessairement, dit-il.

lundi 24 janvier 2011

Le Langage et l'éthique de la parole

Cours

 

Introduction

Si l’élément symbolique en général constitue le socle de la culture, le langage est la condition de toute vie humaine et sociale.

Il y a une grande différence entre le langage humain et le langage animal. Le cri des animaux exprime un affect, une émotion, parfois il annonce un comportement ou répond à celui d'un congénère. Il y a donc communication. Pourtant ce langage n'est pas articulé en phrases, il n'est donc pas intelligent au sens où il n'exprime pas la pensée logique. D'autre part les animaux communiquent à l'aide de signaux ayant une signification précise et limitée (sinon unique). Tandis que le langage humain, intentionnel, conscient, souvent imprévisible ouvre des usages et des significations multiples, voire infinis.

L’apparition de la faculté linguistique est un phénomène long, lié à l’évolution de la boite crânienne et aux techniques de fabrication d’outils de l'Homo habilis (plus de 2 millions d'années) jusqu’à l’Homo sapiens beaucoup plus récent : "outils pour la main et langage pour la face sont deux pôles d’un même dispositif" affirme Leroi-Gourhan.

En réalité nous avons trois notions bien distinctes et trois séries de problèmes.

1° D’abord la langue : la langue représente un système particulier de mots, un ensemble fixé dans une société donnée (ainsi parle-t-on de la langue française ou anglaise), un pur produit de l'histoire sociale et culturelle. La langue est définie généralement comme un système de signes.

Le langage lui-même se définit comme la principale faculté humaine de communication. Elle est universelle, tous les hommes la possèdent malgré les handicaps ou les pathologies possibles. Le problème est celui de la finalité de cette fonction : d'abord expression de soi, ou d'abord communication avec l'autre ?

La parole désigne l’acte individuel par lequel s’exerce concrètement la fonction du langage, et ceci grâce aux organes de la phonation (glotte, pharynx, etc.). Comme tout acte, cet acte de parole suppose un sujet. Et comme tout acte encore, il peut changer la réalité : la parole n'est pas sans conséquences ! La parole représente un pouvoir, un moyen pour le sujet d'influencer autrui et de transformer le monde ; c’est aussi et avant tout l’occasion de signifier son propre désir. C'est pourquoi il sera intéressant de poser le problème d'une éthique de la parole. Peut-on tout dire ? Quand faut-il prendre la parole ? Qu'est-ce qu'une parole vraie, authentique ? Qu'est-ce que bien se parler les uns les autres ?