dimanche 20 juin 2010

Les machines peuvent-elles être un danger pour l'homme ? (introduction et plan)




Introduction

Nous constatons le paradoxe suivant. Dans notre société de consommation avancée, les machines en tous genres ne cessent de se multiplier, dans le monde du travail comme dans la vie privée. Dans le même temps, nous ne pouvons nous empêcher de formuler des craintes et des doutes à ce sujet, voire de nous culpabiliser. Par exemple nous sommes avides de ces gadgets que sont les téléphones portables, mais nous craignons (sans être plus précisément informés) qu'ils ne provoquent le cancer. Moins dramatique mais tout aussi inquiétant moralement, nous pensons qu'ils distraient les jeunes de leurs études et même qu'ils incident à la tricherie aux examens ! D'où cette question, bien légitime : les machines peuvent-elles être un danger pour l'homme ?

L'homme, c'est aussi bien la personne individuelle que la société (notamment le monde du travail), ou même la civilisation dans son ensemble. Fer de lance du progrès technique, la machine représente un stade avancé de l'outil, un outil devenu autonome et "intelligent" : c'est aussi bien l'ordinateur personnel, le robot, ou la lourde machinerie industrielle, voire le machinisme comme mode de production et de travail. Par ailleurs internet, ce "système" de communication virtuel bâti sur des infrastructures bien matérielles, constitue aujourd'hui une forme de "machine" engendrant une "culture" numérique qui, à son tour, représente d'une certaine façon une idéologie ou une "pensée" de la machine… Il y a danger lorsque j'estime que quelque chose ou quelqu'un a la possibilité de me nuire, et plus précisément si j'estime que ce risque est réel ou imminent. Le danger peut venir d'un objet extérieur (ici une machine), auquel cas l'on peut parler d'un risque accidentel ; il peut venir d'un être agissant volontairement à mon encontre (par ex. le propriétaire de la machine), dans le but de m'aliéner, auquel cas il s'agit d'une agression ; il peut enfin provenir de moi-même, comme si je pouvais m'aliéner ou me détruire moi-même (par exemple à cause d'un mauvais usage des machines).

La question porte donc bien sur les machines et non pas sur la "technique" en général : il ne s'agit pas seulement de peser les "avantages" ou les "inconvénients" du progrès ! Avec les machines, à quoi avons-nous affaire exactement ? Les machines devenues surpuissantes et omniprésentes, quasi-égales aux humains (selon certains scénarios de science-fiction), ont-elles le pouvoir de nous blesser, nous aliéner, nous déshumaniser – directement ou indirectement ? Il faut certes interroger la nature même de la machine, son type d'intelligence et son mode d'existence propre pour évaluer sa dangerosité ; mais c'est également la faiblesse humaine et le caractère influençable de l'esprit humain qu'il convient d'évaluer, de critiquer. Celui-ci a-t-il les moyens de résister à ce qu'il perçoit, à tort ou à raison, comme une agression, à ce qui n'est peut-être qu'une mise à l'épreuve de sa liberté, une sorte de provocation de la nature pour l'obliger à prévoir le pire et donc à se renforcer ?

I. Nous ferons d'abord le constat le plus objectif possible de l'avancement de la technique sous cette forme ultimement avancée qu'est la machine, y compris sous ses formes virtuelles (I.A.).
II. Nous verrons alors que le risque est bien réel, qu'il existe même depuis l'origine de la technique apparue comme une effraction d'ordre culturel dans l'"harmonie" de la nature.
III. Nous poserons enfin que l'espèce humaine a les moyens de faire face à ce danger, lequel n'est qu'une projection ou une modalité de sa propre volonté : quelque soit les pouvoirs et l'intelligence des machines, l'esprit humain conserve l'avantage du choix et de la liberté…


Plan détaillé

I – 1) Comment nous sommes passés de l'outil à la machine, et de la machine à l'I.A. – 2) Comment la machine a investi tout le champ social et notamment le monde du travail. – 3) Comment l'esprit technologique gagne les consciences et la culture en général.

II – 1) – Danger au plan personnel : se blesser, perdre ses forces physiques ou le goût de faire les choses naturellement et par soi-même, perdre tout contact avec la réalité (ex. des jeux vidéos. - 2) Danger au plan social : le travailleur broyé par la machine, par le productivisme et le système du capitalisme (la capital se substitue au travail), l'homme aliéné et dévalorisé. - 3) Danger d'ordre moral et culturel : survalorisation du mode de pensée mathématique, scientifique ; obsession du calcul, de l'efficacité et de la rentabilité ; comment la société de consommation, l'idéologie du progrès (l'obsolescence programmée des gadgets techniques) et le capitalisme généralisé, pervertit les esprits ; à la limite, la machine incorpore l'humain (théorie du "trans-humain") jusqu'à l'apparition du "cyborg".

III – 1) Mais la machine est faite pour aider, pour porter assistance à l'humain faible par nature (ex. de la médecine), d'autant que la machine reste sous le contrôle de son inventeur, l'esprit humain (il y a une marge infranchissable, jusqu'à preuve du contraire, entre l'I.A. et la conscience, la volonté : le scénario du film Matrix n'est guère plausible) – 2) Au plan du travail, le machinisme a diminué le travail humain, a augmenté la productivité donc la richesse, la croissance ; c'est la technologie qui a décloisonné et démocratisé le monde du travail (égalité homme-femme). – 3) Enfin Descartes a bien montré que le progrès technique et technologique est une des conditions du bonheur, c'est le sens de l'histoire, qu'on le veuille ou non ; l'informatique par exemple apporte l'information et l'information augmente le choix, la liberté ; et si le "trans-humain", l'utilisation du virtuel nous ramenait à une forme d'innocence, d'animalité originelle (hypothèse qui peut s'entrevoir dans un film comme Avatar) ?

Les artistes sont-ils plus utiles à la société que les prêtres ? (Introduction et plan)



Introduction

Chacun peut le constater, au moins dans les pays européens, les Eglises se vident chaque jour davantage de leurs fidèles ; et si elles sont de plus en plus fréquentées par les touristes et les amateurs d’art, la présence des prêtes y devient – ironie du sort - accessoire… Inversement les Musées attirent toujours plus de visiteurs ou accompagnent de plus en plus des activités éducatives, comme si la beauté nous importait désormais davantage que le sacré. Sans pazrler des salles de cinéma ou de concert. L’athéisme progresse, tandis que l’art se démocratise et se popularise.
Ceci est d’autant plus paradoxal que, traditionnellement, les prêtres ont toujours eu pour mission d’assurer un certain lien social fondé sur des règles et des croyances propres à chaque religion. Le prête est le représentant d’une Eglise qui est elle-même le moyen institutionnel et communautaire par lequel se répand et se fait entendre la voix divine. Au contraire il semble que l’artiste soit plus individualiste, il n’a pas besoin de « chapelle » pour s’affirmer et pour s’exprimer. De plus il faut constater que l’activité religieuse, la prière comme recueillement, n’a pas grand-chose à voir avec l’activité artistique, la création comme production.
Se demander quelle est l’utilité respective, puis les comparer, des prêtres et des artistes revêt un caractère paradoxal de toute façon, car, qu’entend-on par « utile » ? Si l’utilité sociale signifie ce qui est utilitaire d’un point de vue pratique, matériel,  économique, etc., alors ni les artistes ni les prêtes ne sont très utiles. Ils le seront toujours bien moins qu’un maçon ou qu’un médecin. Mais si par « utile » l’on entend ce qui est nécessaire à l’homme et à la société d’un point de vue moral et culturel, pour atteindre le bonheur voire une certaine sagesse, alors la comparaison devient pertinente. Art et religion peuvent partager une même finalité culturelle, morale, éducative, conforter un lien communautaire (surtout dans le cas de la religion) ou faciliter la communication entre les individus (ce qui semble le propre de l’art).
L’opposition temporelle entre une époque révolue où les prêtres dominaient l’ordre social et le temps présent où les artistes et les « stars » tiennent parfois le rôle d’idoles, est un premier critère, une première indication. Elle ne fait que se confirmer si l’on confronte la tendance manifestement conservatrice et souvent dogmatique de toute religion avec la tendance ouvertement progressiste, libératrice, et individualiste de la création artistique. Cependant il faut relativiser ce critère temporel qui ne vaut pas identiquement dans tous les pays (certaines religions progressent tandis que d’autres marquent le pas). Il faut se demander ce qui, par nature ou par essence, dans la religion comme dans l’art, constitue ou contredit le facteur socialisant. Nous exposerons successivement dans les deux premières parties l’importance sociale des prêtres puis celle des artistes, mais nous montrerons dans une troisième étape que ni l’art ni la religion ne tirent leur originalité de leur « utilité » sociale, quelque soit l’acception de ce terme. Cependant nous serons bien obligés d’admettre, en conclusion, que l’art est devenu l’une des activités majeures de notre époque, et qu’il permet mieux que la religion à l’homme de se réaliser en tant que personne libre.

Plan détaillé

I – Les prêtres, gardiens d’un ordre social fondé sur l’obéissance
- originairement, le culte des morts et le sens du sacré qui prennent forme dans la religion contribuent à socialiser l’être humain
- puis les Eglises ont bâti des empires, ont cautionné des pouvoirs politiques, sur le modèle d’une « Cité de Dieu » idéale (cf. Saint Augustin, philosophe et théologien).
- les prêtres continuent à notre époque de rassembler des fidèles et de maintenir les traditions, malgré le déclin ; phénomène plus important voire exacerbé dans les pays qui s’appuient sur la religion pour mettre en avant des revendications politiques (islamisme)

II – Les artistes, créateurs mais aussi artisans de la libération sociale
- originairement l’art a une fonction de catharsis, éminemment collective (cf. Aristote)
- les artistes servent de révélateurs pour la société, s’il est vrai que le rôle de l’art est moins de faire beau et de distraire que de dire vrai et déranger
- les artistes ouvrent de nouvelles possibilités de communication entre les individus (cf. le film « Le goût des autres »

III – Ni les prêtres ni (surtout) les artistes ne sont les serviteurs ou les otages de la société
- ce que montre l’histoire politique, c’est que le lien social est devenu autonome (démocratique et républicain), il n’a pas besoin de la religion ; alors le rôle des prêtres se recentre sur l’essentiel (seulement pour les croyants) qui est susciter la foi chez les personnes
- ce que montre l’histoire de l’art, c’est que les artistes n’ont cessé de se libérer (et de libérer le public) des dictats de l’ordre social ; tout en devenant plus populaire (parfois), l’art contemporain assume (toujours) son individualisme

Conclusion – Bien que son essence soit plutôt individualiste, l’art se montre paradoxalement plus utile socialement (car plus libérateur) que la religion (toujours aussi conservatrice, freinant le progrès social).

mardi 15 juin 2010

Certaines coutumes peuvent-elles être qualifiées de "barbares" ? (introduction)



Quand les européens débarquèrent en Amérique, ils découvrirent des coutumes très étranges, très différentes des leurs (catholiques), dont ils ne comprirent pas la signification et qu'ils interprétèrent comme "barbares" et condamnables. Ils répondirent eux-mêmes par la violence et depuis (cf. La "Controverse de Valladolid", procès tenu en Espagne en 1550) l'Histoire a reconnu qu'un génocide a été commis par les conquistadores. Qui étaient les barbares ? Peut-on, plus généralement, qualifier certaines coutumes de "barbares" ?

Le mot "barbare" était employé par les Grecs pour désigner tous ceux dont la langue était étrangère et donc incompréhensible pour eux.  C'était une manière de rabaisser les peuples voisins en soulignant leur absence de culture, de civilisation, voire d'humanité. En effet l'on a tendance à qualifier de "barbare", généralement, tout ce que l'on ne comprend pas et que l'on méprise. D'autre part le terme connote indiscutablement une idée de violence, de brutalité, et peut s'appliquer à des comportements "inhumains".
Par ailleurs les "coutumes" sont des usages ou des pratiques enterrinées par une culture particulière ; elles ont à ce titre une raison, une signification symbolique, du moins à leur origine. N'est-ce pas justement lorsque cette signification s'altère avec le temps que certaines coutumes peuvent devenir – a fortiori aux yeux des étrangers – dérangeantes, inappropriées, voire intolérables et barbares ? Qu'est-ce qui justifie, aujourd'hui, les fameuses séances de "bizutages" censées symboliser et favoriser l'intégration des nouveaux étudiants au sein des Grandes Ecoles, alors que nous constatons régulièrement de nombreux "dérapages", à savoir que ces "honorables" coutumes sont surtout l'occasion d'infliger de cruelles humiliations "parce que cela s'est toujours fait et parce qu'on les a subies nous-mêmes avant" ? Comment faire la part entre de "vraies" coutumes honorables, valorisantes, réellement culturelles, et des pratiques condamnables qui ne font que se dissimuler derrière le voile de la culture et de la tradition ?
Le problème est donc de savoir s'il faut respecter également et systématiquement toutes les cultures et toutes les coutumes, ou bien si nous pouvons faire valoir d'autres critères de jugement, sans se contenter d'opposer notre propre culture aux cultures étrangères "dérangeantes".

Dans un premier temps il convient de rappeler ce qui, à l'évidence, fonde toute culture et donc la plupart des coutumes : le respect d'une appartenance sociale, ethnique, religieuse, linguistique. Les coutumes traduisent des valeurs indéniables, traditionnelles, particulières. Au nom de quel progressisme doublé d’ethnocentrisme pourrions-nous vouloir leur éradication ?
Inversement, nous devons bien admettre que certaines coutumes, surtout les plus archaïques, comportent des aspects violents (les sacrifices par exemple) qui entrent en conflit avec d'autres valeurs actuelles (comme les Droits de l'Homme). Ce serait faire preuve d'un "relativisme" irresponsable que de ne pas en tenir compte.
Finalement, la solution ne consiste-telle pas dans l'établissement de critères civilisationnels (universels) tels que certaines coutumes pourraient être "démasquées" comme faisant injure à l’humanité et donc à la culture, non en raison de leur étrangeté « pour nous » mais parce qu’elles auraient perdu toute signification symbolique et donc toute justification (les coutumes discriminantes à l'égard les femmes, par ex.).