samedi 31 janvier 2009

Bertrand Russell "La valeur de la philosophie" (explication de texte)


« La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d’une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau. » Bertrand Russell


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Le philosophe est-il l'homme d'aujourd'hui ou l'homme de demain ?



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vendredi 30 janvier 2009

Peut-on vivre sans se poser de questions ? (plan détaillé)


Introduction

- Amener le sujet - "Tu te poses trop de questions !" Quel passionné de philosophie, ou simplement quel adolescent soucieux de son avenir n'a pas dû subir au moins une fois ce genre de remarques ? La vie sociale en général privilégie les "producteurs" plutôt que les "questionneurs"… Peut-on vivre sans se poser de questions ?
- Analyser le sujet - Ici la "vie" n'est pas un concept biologique (le "vivant", qui ne cherche qu'à survivre et à se reproduire) mais un concept existentiel, c'est-à-dire la "vie humaine". Une existence humaine n'a pas de but prédéterminé, contrairement à la vie animale, elle se définit comme un projet, une histoire, elle est comme une "question" à jamais irrésolue.        
« Se poser des questions », mais quelles questions ? posées à qui ? Il y a les questions que l'on pose aux autres (objectives) et celles que l'on se pose (subjectives) ; il y a les questions secondaires et les questions primordiales, les questions pratiques et les questions philosophiques – celles qui portent sur le sens de la vie. Ici nous traiterons de cette seconde catégorie.
 - Reformuler la question et problématiser - Serait-il humainement raisonnable de mener sa vie sans se poser de questions, surtout les questions philosophique ? Donc peut-on éviter les questions philosophiques dans une vie humainement accomplie ? Voilà le sens de la question qui nous est posée.
Nous sommes confrontés au paradoxe suivant : soit l'on "croque la vie" sans trop se poser de questions (mais ne va t-on pas passer à côté de la vraie vie ; soit l'on réfléchit à la vraie vie et l'on se pose de multiples questions, mais ne risque t-on pas tout simplement de passer à côté de la vie ?       

Développement          

I. Se poser des questions n'est-il pas tout simplement naturel et inévitable de la part d'un être parlant et conscient. "Questionner" et "se questionner" font-ils partie intégrante de la condition humaine ? La forme première de toute parole humaine est la demande adressée à l'Autre; lorsque la demande porte sur un besoin de l'esprit et non sur un besoin matériel, c'est une question. Les enfants posent des questions aux parents, les élèves posent des questions au maître.
Le désir de savoir et la curiosité son naturelles chez l'homme. Celui-ci ne peut pas vivre sans comprendre ce qu'il fait ni pourquoi il le fait. Ce désir ne se tarit jamais. Aristote : " Ce fut l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques."                         
La conscience et la subjectivité sont structurellement réflexives : quoi de plus naturel que de réfléchir, s'interroger, douter… Par définition, l'être pensant prend ses "distances" avec les choses et même avec lui-même… A contrario le "fou" est, par excellence, celui qui ne se pose jamais de questions, celui qui ne "doute de rien"…
Donc l'homme est un être parlant, conscient, désirant, toujours enclin à se poser de multiples questions. Il est sûrement "possible" de survivre sans se poser "trop" de questions, mais la condition humaine nous impose la réflexion et l'interrogation.                            

II. Pourquoi se poser des questions sur le sens de la vie, sur le sens de l'existence. N'est-ce pas inutile ? Ne pouvons-nous faire le choix philosophiques de limiter les questions et de privilégier le vécu ?     
La meilleure sagesse nous dicte de jouir de la vie et de vivre en harmonie avec la nature. On ne peut pas changer l'ordre du monde ; on peut seulement se discipliner soi-même. Cf. La sagesse épicurienne, voire stoïcienne. Plus radicalement, le sophiste Calliclès.
La plupart des questions métaphysiques sont mal fondées car elles reposent sur des concepts inconsistants (l'"Etre") ou sur un idéal inexistant (Dieu). Les philosophes ont depuis longtemps effectué leur autocritique à ce sujet.. Kant, Wittgenstein ont fait la critique de l'"illusion métaphysique".
Portrait du névrosé : celui qui s'interroge à l'infini sur ce qu'il désire ou ce qu'il doit faire sans jamais agir ni désirer… Poser des questions (trop) personnelles comme si c'était des questions métaphysiques. "Qui suis-je, où vais-je, "à quel étage j'erre"… ! Le ridicule de certaines questions faussement philosophiques.
Questionner la vie au lieu de vivre et de bien vivre : quelle erreur ! Il faut s'affirmer et non douter de soi. La vie n'a pas d'autre but qu'elle-même ; il est inutile et vain de chercher un "au-delà".  
                                                                                                                        
III. Cependant l'existence humaine est un parcours, jamais tracé d'avance : pour se diriger dans cette vie de façon autonome, comment ne pas s'interroger sur son sens.
D'une façon générale, les vertus du doute : non par scepticisme systématique, mais par conscience critique. Refuser le péril d'être aliéné et manipulé… Descartes a écrit "je pense donc je suis" après avoir étendu le doute à la totalité de ses certitudes antérieures.
Certaines questions éthiques (le bien, le mal, le devoir…) sont incontournables : en tant qu'êtres libres, nous sommes responsables de nos pensées et de nos actes devant nous-mêmes et devant autrui. L'examen de conscience est une obligation éthique… C'est le problème de la "raison pratique" (Kant) : ai-je bien agi ?      
Le philosophe est un faiseur de questions "professionnel" ; il développe des problématiques universelles. Il n'invente pas les problèmes ; ce n'est pas lui qui est "compliqué", c'est la réalité qui est complexe. La "connaissance de soi" élevée au niveau du rationnel et de l'universel : Socrate.
Il faut se poser les "bonnes" questions, celles qui engagent notre responsabilité de sujet et d'être humain, et pour lesquelles il faut trouver des réponses. Ce n'est pas un "luxe" mais une nécessité existentielle.

Conclusion

L'homme questionne "comme il respire" : c'est le constat que nous avons dressé en 1è partie ; mais bien sûr, questionner sans agir ou sans jamais répondre devient synonyme de perdition. L'important est de repérer les questions essentielles et de rejeter les questions futiles.                                     
L'homme n'étant pas au monde pour (sur)vivre mais pour exister pleinement, il ne peut que se poser des questions existentielles, à la fois personnelles et universelles. Impossible de "prendre conscience" d'une moindre vérité sans s'interroger. Cette prise de conscience prend l'allure d'une véritable "libération", au regard de tout ce que la vie (notamment sociale) peut comporter d'aliénations.
Il se peut que chaque âge de la vie ait ses questions propres… Il ne faut pas se précipiter.

mardi 13 janvier 2009

Contexte et origine du savoir philosophique

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Ce qui nous préoccupe ici est proprement l’origine de la philosophie comme Savoir, ou si l’on veut comme Discipline, comme formation théorique. 1) Tout d’abord, on ne peut faire surgir un savoir véritable qu’en lui opposant l’ignorance, et en dégageant la philosophie de l’opinion. 2) Nous suivrons ensuite le combat que mène et mènera toujours la même philosophie contre le phénomène de la croyance, notamment religieuse. 3) Puis nous verrons comment une culture, une littérature, une mythologie en l’occurrence grecques ont pu donner naissance à une discipline nouvelle comme la philosophie. 4) Enfin nous constaterons combien les premiers rudiments de recherche scientifique ont en réalité décidé du sort et du succès, d’ailleurs tout relatif, de la philosophie. La philosophie ne serait jamais apparue sans un certain nombre de conditions culturelles favorables, historiquement et géographiquement réunies en Grèce entre les 6è et 4è siècles avant notre ère. Ce que l’on appelle "contexte et origine" fonctionnent en réalité à la fois comme des causes, des déclencheurs et des obstacles à l’essor de la philosophie : disons que la philosophie aura à lutter contre des éléments avec lesquels elles devra aussi composer, parce qu’ils constituent ses propres origines. 

vendredi 2 janvier 2009

« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. » Robert Filliou



Introduction


On pense ordinairement que l’art est une représentation, une abstraction, voire une « illusion unilatérale » (Hegel), mais comment séparer la création artistique de l’existence singulière d’un sujet, de ce que l’on appelle « la vie » ? En écrivant « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », Robert Filliou nous donne sa définition de l’art et, dans le même temps, dévoile sa philosophie de la vie. Il s’agit de préciser quelle est la valeur de l’art, son intérêt ou son importance au regard simplement de la « vie ». Robert Filliou a illustré, par la singularité de son parcours à la fois artistique et personnel, le bien-fondé d’une articulation telle que Vie et Art.