samedi 22 novembre 2008

Explication d'un texte de Jean Hyppolite (le Désir selon Hegel)


" L'objet individuel du désir, ce fruit que je vais cueillir, n'est pas un objet posé dans son indépendance, on peut aussi bien dire qu'en tant qu'objet du désir, il est et il n'est pas; il est, mais bientôt il ne sera plus; sa vérité est d'être consommé, nié, pour que la conscience de soi à travers cette négation de l'autre se rassemble avec elle-même. De là le caractère ambigu de l'objet du désir, ou mieux encore la dualité de ce terme visé par le désir. «Désormais la conscience, comme conscience de soi, a un double objet, l'un immédiat, l'objet de la certitude sensible et de la perception, mais qui, pour elle, est marqué du caractère du négatif (c'est-à-dire que cet objet n'est que phénomène, son essence étant sa disparition) et le second elle-même préci­sément, objet qui est l'essence vraie, et qui, initialement, est présent seulement dans son opposition au premier objet.» Le terme du désir n'est donc pas, comme on pourrait le croire superficiellement, l'objet sensible - il n'est qu'un moyen ­mais l'unité du Moi avec lui-même. La conscience de soi est désir; mais ce qu'elle désire, sans le savoir encore explici­tement, c'est elle-même, c'est son propre désir et c'est bien pourquoi elle ne pourra s'atteindre elle-même qu'en trouvant un autre désir, une autre conscience de soi. La dialectique téléolo­gique de la Phénoménologie explicite progressivement tous les horizons de ce désir qui est l'essence de la conscience de soi. Le désir porte sur les objets du monde, puis sur un objet déjà plus proche de lui-même, la Vie enfin sur une autre conscience de soi, c'est le désir qui se cherche lui-même dans l'autre, le désir de la reconnaissance de l'homme par l'homme ... "
Jean Hyppolite




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La décomposition de la personnalité psychique

" Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s'efforce de mettre de l'harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d'étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d'avoir personnifié le moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d'angoisse. Tirant son origine des expériences de la perception, il est destiné à représenter les exigences du monde extérieur, mais il tient cependant à rester le fidèle serviteur du ça, à demeurer avec lui sur le pied d'une bonne entente, à être considéré par lui comme un objet et à s'attirer sa libido. En assurant le contact entre le ça et la réalité, il se voit souvent contraint de revêtir de rationalisations préconscientes les ordres inconscients donnés par le ça, d'apaiser les conflits du ça avec la réalité et, faisant preuve de fausseté diplomatique, de paraître tenir compte de la réalité, même quand le ça demeure inflexible et intraitable. D'autre part, le surmoi sévère ne le perd pas de vue et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S'il vient à désobéir au surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments d'infériorité et de culpabilité. Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche économique, rétablir l'harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : "Ah, la vie n'est pas facile !" "

S. Freud, Nouvelles conférences de Psychanalyse

dimanche 9 novembre 2008

Lexique de Bergson (citations)


AFFECTION

MATIERE ET MEMOIRE
11 - si je fait abstraction de tout ce que je sais, restent des images, au sens le plus vague - il en est une qui tranche en ce que je ne la connais pas seulement du dehors par des perceptions, mais aussi du dedans par des affections : c’est mon corps - ces A viennent toujours s’intercaler entre des ébranlements que je reçois du dehors et des mouvements que je vais exécuter - il me semble que chacune d’elles contient à sa manière une invitation à agir, avec, en même temps, l’autorisation d’attendre et même de ne rien faire - tout se passe comme si, dans cet ensemble d’images que j’appelle l’univers, rien ne pouvait se passer de réellement ‘nouveau’ que par l’intermédiaire de certaines images particulières (affections) dont le type m’est fourni par mon corps
57 - on pourrait dire, par métaphore, que si la perception mesure le pouvoir réflecteur du corps, l’affection en mesure le pouvoir absorbant - mais il faut voir que la nécessité de l’affection découle de la perception elle-même - la perception mesure notre action possible sur les choses et par là, inversement, l’action possible des choses sur nous : il s’agit toujours d’une action virtuelle - mais plus la distance décroît entre l’objet et notre corps, plus l’action virtuelle tend à se transformer en action réelle - si maintenant la distance devient nulle, cad que l’objet se confond avec notre corps, au point d’être ce corps : alors c’est bien une action réelle que notre perception exprimera, et cette perception devient alors ‘affection’ - nos sensations (= affections) sont donc à nos perceptions ce que l’action réelle de notre corps est à son action possible ou virtuelle - c’est pourquoi sa surface, limite commune de l’extérieur et de l’intérieur, est la seule portion de l’étendue qui soit à la fois perçue et sentie - dans notre théorie de la perception pure, il faut donc tenir compte du fait que notre corps n’est pas un point mathématique, de ce que ses actions virtuelles se compliquent et s’imprègnent d’actions réelles, ou encore qu’il n’y a pas de perceptions sans affections - pourtant il est essentiel de maintenir entre les deux une différence de nature : profitant de ce que la sensation (à cause de l’effort confus qu’elle enveloppe) n’est que vaguement localisée, le psychologue la déclare tout de suite inextensive, et il fait dès lors de la sensation en général l’élément simple avec lequel nous obtenons par voie de composition les images extérieures - la vérité est que l’affection n’est pas la matière première dont la perception est faite, elle est bien plutôt l’impureté qui s’y mêle - il faut partir de la structure de la perception (cad de l’action) : elle-même, à l’état pur, ne va même pas de mon corps aux autres corps, elle est dans l’ensemble des corps d’abord, puis peu à peu se limite, et adopte mon corps pour centre - cela n’est possible justement que par la double faculté que ce corps possède d’accomplir des actions et d’éprouver des affections, en un mot le pouvoir sensori-moteur de cette image privilégiée qu’est le corps