lundi 29 septembre 2008

La Conscience est-elle une connaissance de soi ?




1) Définitions et problématique

  • Rappel : la philosophie, une "conscience critique"…
La conscience est un thème majeur de la philosophie, sans doute parce que cette dernière se définit elle-même comme une sorte de “conscience supérieure” ou de « conscience critique », un redoublement de la pensée ordinaire se voulant « réflexion ». 

jeudi 18 septembre 2008

Méthode pour l'explication de texte

- Ce qui est demandé : “Expliquez le texte suivant. La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.”

- "Le problème dont il est question". - En réalité, l'explication (ou "commentaire") de texte n'est pas un exercice différent, dans l'esprit, de la dissertation, et même assez peu dans la forme. Et effet, comme avec le sujet-question, vous devez traiter un problème philosophique. Simplement l'occasion, ou le document de référence n'est plus une phrase interrogative seule, c'est un texte... Un texte qui développe une thèse, une "idée", au moyen d'arguments agencés selon une certaine logique, et qui a été écrit pour répondre à un problème que se posait l'auteur. Le texte comprend donc toujours un problème sous-jacent (exactement comme la question comprenait, dans le sujet-dissertation, un problème à découvrir). Vous aurez à dégager, notamment dans l'introduction, le thème (de quoi il s'agit dans le texte), la thèse (ce que l'auteur en dit), et le problème qui lui correspond (que fallait-il démontrer, quelle difficulté ou quelle contradiction fallait-il résoudre ?). Qui dit problème dit également problématique, c'est-à-dire l'ensemble des problèmes secondaires qu'il va falloir formuler, dans un certain ordre, pour solutionner le problème principal. Dans le texte, cet ordre correspond en général à la suite des arguments avancés par l'auteur, qui sont autant de réponses à ces différentes questions : le texte a donc un "plan", c'est-à-dire des parties avec des articulations qu'il faut mettre en évidence.

Exercice de méthodologie : explication (assistée) d'un texte de Blaise Pascal (le "roseau pensant")



    " Ce n'est point de l'espace que je dois chercher ma dignité, mais c'est du règlement de ma pensée. Je n'aurai point d’avantage en possédant des terres. Par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends.
    La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable ; un arbre ne se connaît pas misérable.
    C’est donc être misérable que de se connaître misérable, mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.
    L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser ; une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
    Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. "

Blaise PASCAL (1670, Pensées)


Conseils généraux (rappel)


- Lire la méthodologie.
- Dans l’esprit, l’explication de texte est une dissertation, c’est-à-dire qu’elle consiste à traiter un problème philosophique… à l’occasion d’un texte et non plus seulement d’un énoncé en forme de question (« dissertation »). Dans la forme, il faut néanmoins expliquer le texte en entier et de manière ordonnée.
- Le plan : en 2 ou 3 parties (éventuellement 4, rarement). Le plan de l’explication épouse le plan du texte. MAIS le plan du texte n’est pas toujours « visible » ou explicite, il peut être implicite seulement dans la mesure où les arguments du texte peuvent  être enchevêtrés (c’est le cas ici) ou bien parce que l’auteur se répète plus ou moins volontairement (idem). Parfois, il faut donc « reconstruire » le plan du texte, de sorte que l’explication ne sera pas strictement, pas forcément en tout cas, linéaire. Il vaut toujours mieux faire apparaître la logique profonde d’un texte, de son argumentation, plutôt que de suivre aveuglément l’ordre linéaire.


Consigne : remplir les espaces laissés vides (…)


L’introduction


- 1er paragraphe : présenter le texte
Auteur, œuvre, siècle : …
Contexte : comme d’autres philosophes de son temps (Descartes par ex.), Pascal s’attache à définir et à valoriser l’homme en tant qu’être pensant. Il y a une sorte d’ « héroïsme de la pensée » en ce 17 è siècle.
Thème précis (de quoi traite le texte, un mot ou une expression courte) : …
Champ thématique (thème élargi : chercher et indiquer les autres notions importantes du texte, de manière à pouvoir repérer la thèse et le problème) : …
La thèse (l’idée principale, que dit l’auteur « à propos » du thème : une ou deux phrases) : …

- 2è paragraphe : le problème, la problématique
Quelle est la question « implicite » à la quelle répond la thèse ? Il faut développer cette question (= problématique) : L’auteur cherche donc à résoudre un paradoxe, à savoir le statut ambigu de l’être humain dans l’univers. Comment et pourquoi l’homme peut-il être à la fois grand et misérable ? Quelle est sa particularité profonde ? Plus précisément : si la grandeur de l‘homme est de penser, quelle sera sa « dignité »  et sa priorité de chaque instant ? En quoi doit consister sa morale ?

- 3è paragraphe : annoncer le plan de l’explication (= le plan du texte = la plan de l’argumentation)
Ici, il faut regrouper les arguments, tellement le texte se répète. Par exemple, il est clair que les 2 premières lignes rejoignent, presque mot pour mot, les 2 dernières.
> Le plan est annoncé par les titres de parties ci-dessous. Dans le cadre de cet exercice, vous n’écrivez donc rien. Mais sur votre copie, vous ne devrez pas indiquer les titres sur votre copie mais bien annoncer le plan, ici, en fin d’introduction.


Développement


1) La place paradoxale de l’être pensant dans l’Univers (lignes 2-3, 6-7)

- univers / espace : …

- l’univers comprend l’homme : …

- « l’espace et la durée que nous ne saurions remplir » (faire apparaître l’idée d’Infini) (ligne 9): …

- pensée / roseau pensant (sens de la métaphore) : …

- l’homme comprend l’univers : …


2) La grandeur de savoir qu’on est misérable (lignes 4, 5, 8)
- misère (arrière plan religieux) : …

- grandeur / noblesse …

- nuance entre « se connaître misérable » et « connaître qu’on est misérable » : …

- comparer : « il sait qu’il meurt » / « l’univers l’en sait rien » : …

- Expliquer la source spirituelle (religieuse, chrétienne) de cette manière de voir, peut-être discutable (courber l’échine = être grand !) : …


3) Le vrai principe de la morale (lignes 1, 9-10)

- dignité : …

- morale (repérer une ambiguïté possible, entre « vraie » et « fausse » morale :

- distinguer : penser, bien penser, travailler à bien penser : …

- amorcer une réflexion : comparer avec l’idéal de la société techno-scientifique moderne : …


Conclusion 
- rappeler le problème et la thèse
- récapituler la progression de l’argumentation (la logique du texte)

- quels sont les points qui mériteraient d’être discutés ?

Conseils généraux pour la dissertation

1) Emploi du temps (pour 4 heures)

- remarque : un devoir inachevé est un mauvais devoir !

- choix et lectures répétées du sujet pour sa bonne compréhension (dans tous les cas, il n'est pas inutile de lire le texte du 3è sujet : des recoupements sont parfois possibles avec les sujets-questions ) (10 mn)
- chercher des idées et les "jeter" sur le papier comme elles viennent ; il faut rassembler un certain matériau avant même tout projet de plan, et accepter sans angoisse excessive le fait de "ne pas savoir où l'on va" : 20 mn
- élaborer un plan de façon très précise, notamment en rédigeant sous forme de phrases toutes les parties et sous-parties ; "casez" dans ce canevas toutes les idées notées jusque là au brouillon : 30 mn
- rédiger au brouillon l’introduction, en lui accordant toute l'attention et le soin nécessaires, puis la recopier au propre : 20 mn
- rédaction du développement et de la conclusion directement (si possible) : 2 h 1/2
- relecture attentive et corrections : 10 mn

- pour les devoirs à la maison, profiter du temps imparti pour lire, se documenter, laisser mûrir ses idées ; mais essayer de rédiger dans les conditions de l’examen.

2) Présentation

- sur copie double, entre 4 et 8 pages selon les graphies
- propreté, lisibilité
- laisser une marge suffisante à gauche
- réécrire le sujet intégralement en tête du devoir
- séparer obligatoirement par 2 lignes l’introduction/le développement/la conclusion, et par 1 ligne chaque partie du développement
- revenir à la ligne et laisser un espace (alinéa) au début de chaque paragraphe
- ne pas reproduire les titres des parties conçus dans le plan, ni les numéroter
- rappel des conventions d’écritures à respecter : écrire les nombres en toutes lettres (sauf les années) ; aucune abréviation (style télégraphique) ; souligner les titres des œuvres, et commencer par une majuscule le premier substantif ; ne pas souligner les noms d’auteurs ni les mettre en capitales ; ne pas souligner les citations : en revanche mettre des guillemets ; souligner tout mot étranger (même latin)

3) L’écriture

- respect sans faille de la ponctuation, des majuscules en début de phrase, des accents…
- attention à l’orthographe : les fautes répétées finissent par coûter des points (le devoir perdant globalement en qualité)
- avant tout de la clarté et de la cohérence : un style trop dense ou “confus” décourage la lecture
- faut-il préciser que les qualités d'un style "soutenu" et/ou élégant sont néanmoins appréciées ?

La Philosophie - TD

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I - L'automne en questions




1) Les questions de Bill vous paraissent-elles "philosophiques" ?
2) Les réponses le sont-elles ?
3) Quel personnage se montre "philosophe" dans cette histoire ?




II - La Philosophie comme Sagesse


" Durée de la vie de l'homme ? Un moment. Sa substance ? Changeante. Ses sensations ? Obscures. Toute sa masse ? Pourriture. Son âme ? Un tourbillon. Son sort ? Impénétrable. Sa réputation ? Douteuse. En un mot, tout ce qui est de son corps : comme l'eau qui s'écoule; ses pensées : comme des songes et de la fumée; sa vie : un combat perpétuel et une halte sur une terre étrangère; sa renommée après la mort : un pur oubli.
Qu'est-ce donc qui peut lui faire faire un bon voyage ? La seule philosophie. Elle consiste à empêcher que le génie qui habite en lui ne reçoive ni affront ni blessure; à être également supérieur à la volupté et à la douleur; ne rien faire au hasard; n'être ni dissimulé, ni menteur, ni hypocrite; n'avoir pas besoin qu'un autre agisse ou n'agisse pas; recevoir tout ce qui arrive et qui lui a été distribué comme un envoi qui lui est fait du même lieu dont il est sorti; enfin, attendre avec résignation la mort, comme une simple dissolution des éléments dont chaque animal est composé. Car si ces éléments ne reçoivent aucun mal d'être changés l'un en l'autre, pourquoi regarder de mauvais œil, pourquoi craindre le changement et la dissolution de tous ? Il n'y a rien là qui ne soit selon la nature. Donc point de mal. (Marc-Aurèle)

> En quoi consiste la sagesse : se soumettre à la fatalité ou affirmer sa liberté d'être humain ?


" Ne te dis jamais philosophe, ne parle pas abondamment, devant les profanes, des principes de la philosophie; mais agis selon ces principes. Par exemple dans un banquet, ne dis pas comment il faut manger, mais mange comme il faut. Souviens-toi en effet que Socrate était à ce point dépouillé de pédantisme que, si des gens venaient à lui pour qu'il les présente à des philosophes, il les conduisait lui-même ; tant il acceptait d'être dédaigné. Et si, dans une réunion de profanes, la conversation tombe sur quelque principe philosophique, garde le silence tant que tu le peux ; car le risque est grand que tu ne recraches trop vite ce que tu n'as pas digéré. Alors si quelqu'un te dit que tu es un ignorant et que tu n'en es pas meurtri, sache que tu commences à être philosophe. Car ce n'est pas en donnant de l'herbe aux bergers que les brebis montrent qu'elles ont bien mangé, mais en digérant leur nourriture au-dedans et en fournissant au-dehors de la laine et du lait. Toi non plus donc, ne montre pas aux gens les principes de la philosophie, mais digère-les et montre les œuvres qu'ils produisent." (Epictète)

> Expliquer l'image finale.



III - l'Amour de la Sagesse


PLATON (Dialogue extrait du Banquet)

" DIOTIME. — [...] Comme fils de Poros et de Pénia, voici quel fut le partage de l'Amour : d'abord il est toujours pauvre, et, loin d'être beau et délicat, comme on le pense généralement, il est maigre, malpropre, sans chaussures, sans domicile, sans autre lit que la terre, sans couverture, couchant à la belle étoile auprès des portes et dans les rues; enfin, comme sa mère, toujours dans le besoin. Mais, d'autre part, selon le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est mâle, hardi, persévérant, chasseur habile, toujours machinant quelque artifice, désireux de savoir et apprenant avec facilité, philosophant sans cesse, enchanteur, magicien, sophiste. De sa nature, il n'est ni mortel ni immortel1. Mais, dans le même jour, il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, puis il s'éteint, pour revivre encore par l'effet de la nature paternelle. Tout ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, en sorte qu'il n'est jamais ni riche ni pauvre. Il tient aussi le milieu entre la sagesse et l'ignorance, car aucun dieu ne philosophe ni ne désire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine; et, en général, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de même des ignorants : aucun d'eux ne philosophe ni ne désire devenir sage, car l'ignorance a précisément le fâcheux effet de persuader ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu'ils possèdent ces qualités; or nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu.
SOCRATE. — Mais, Diotime, qui sont donc ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les sages ni les ignorants ?
— Il est évident, même pour un enfant, dit-elle, que ce sont ceux qui tiennent le milieu entre les ignorants et les sages, et l'Amour est de ce nombre. La sagesse est une des plus belles choses du monde; or l'Amour aime ce qui est beau; en sorte qu'il faut conclure que l'Amour est amant de la sagesse, c'est-à-dire philosophe, et, comme tel, il tient le milieu entre le sage et l'ignorant. "

1) Pourquoi "Amour" est-il philosophe, selon Diotime ? (Rappelez ici l'étymologie du mot "philosophie".)
2) Pourquoi les dieux ne sont pas philosophes ?
3) Pourquoi les ignorants ne le sont-ils pas davantage ?




IV - Texte à ordonner


" Il faut détruire le préjugé très répandu que la philosophie est quelque chose de très difficile du fait qu'elle est l'activité intellectuelle propre d'une catégorie déterminée de savants spécialisés ou de philosophes professionnels ayant un système philosophique. Il faut donc démontrer en tout premier lieu que tous les hommes sont "philosophes", en définissant les limites et les caractères de cette "philosophie spontanée", propre à tout le monde, c'est-à-dire de la philosophie qui est contenue : 1. dans le langage même, qui est un ensemble de notions et de concepts déterminés et non certes exclusivement de mots grammaticalement vides de contenu ; 2. dans le sens commun et le bon sens ; 3. dans la religion populaire et donc également dans tout le système de croyances, de superstitions, opinions, façons de voir et d'agir qui sont ramassées généralement dans ce qu'on appelle le folklore. Une fois démontré que tout le monde est philosophe, chacun à sa manière, il est vrai, et de façon inconsciente - car même dans la manifestation la plus humble d'une quelconque activité intellectuelle, le "langage" par exemple, est contenue une conception du monde déterminée -, on passe au second moment, qui est celui de la critique et de la conscience, c'est-à-dire à la question : est-il préférable de "penser" sans en avoir une conscience critique, sans souci d'unité et au gré des circonstances, autrement dit de "participer " à une conception du monde " imposée mécaniquement par le milieu ambiant ; ce qui revient à dire par un de ces nombreux groupes sociaux dans lesquels tout homme est automatiquement entraîné dès son entrée dans le monde conscient (et qui peut être son village ou sa province, avoir ses racines dans la paroisse et dans l' "activité intellectuelle" du curé ou de l'ancêtre patriarcal dont la "sagesse" fait loi, de la bonne femme qui a hérité de la science des sorcières ou du petit intellectuel aigri dans sa propre sottise et son impuissance à agir) ; ou bien est-il préférable d'élaborer sa propre conception du monde consciemment et suivant une attitude critique et par conséquent, en liaison avec le travail de son propre cerveau, choisir sa propre sphère d'activité, participer activement à la production de l'histoire du monde, être à soi-même son propre guide au lieu d'accepter, passivement et de l'extérieur, une empreinte imposée à sa propre personnalité ? " (GRAMSCI)

> Dégager le plan du texte, c'est-à-dire distinguez précisément les différentes parties (et sous-parties) en les résumant par une phrase.