lundi 29 décembre 2008

L'Art et la Réalité (cours)

.

0. D'où vient l'art ? (Introduction : généalogie de l’art et problématique)

1. — L’Idolâtrie. Dans le cadre d'une société tribale, la fonction du magicien (ou sorcier) réunit originellement celles du médecin, du sage, du prêtre et de l’artiste… L’idole ou fétiche représente un être sacré dont on veut conjurer ou s’approprier la puissance, et auquel parfois on s’apparente (fonction du “totem”). Pour cette raison, on pense que l'art préhistorique était fortement associé à des pratiques rituelles. C'est bien parce que nous leur attribuons une dimension symbolique (dont la signification, par ailleurs, nous échappe totalement) que nous qualifions d'"artistiques" ces très anciennes réalisations. — L’art consistait dans ses origines en une capacité magique, une pure puissance ; or cette dimension se retrouve dans l'un des sens les plus courants du mot “art” : la vertu, le génie, le talent, l’"art de…” en général (l’art d’aimer, d’être grand-père...). — Les objets fétiches eux-mêmes (au départ statuettes, talismans, etc.) ont trouvé des formes nouvelles et profanes de subsistance, puisqu'on continue de les vénérer au titre d'“antiquités”, non sans leur accorder une valeur appréciable en les taxant précisément d'"objets d'art".

samedi 13 décembre 2008

Le monde de la technique et du travail est-il le meilleur des mondes possibles ? (cours)



Introduction

Comme activité naturelle, le travail est en général la transformation de la matière ("travail de l'érosion" par exemple). Comme activité humaine – qui seule nous intéresse ici - le travail implique un effort de production qui débouche sur une véritable transformation du monde. C'est pourquoi en un sens le travail fait partie de la "culture" qui s'ajoute à la simple "nature". Toutefois, l'aspect proprement "culturel" du travail ne réside-t-il précisément dans les règles et les techniques, toujours particulières, qui l'accompagnent par définition ? La technique accompagne le travail pour plus d'efficacité, mais nous le verrons aussi, la technique dans un certain sens réduit le travail…
A propos de la technique, on oublie trop souvent qu'elle est une composante essentielle de la culture, au point qu'on oppose parfois artificiellement le caractère pratique et concret de la première au caractère soi-disant "intellectuel" de la seconde. On oublie que la technique est un savoir, plus précisément un "savoir-faire", conformément à l'origine grecque du mot et de la notion (technè) : au départ il s'agit simplement d'un ensemble de règles ou de procédés empiriques, acquis par l'expérience puis transmis par l'homme, destinés à permettre la production d'un objet ou la réalisation d'une tâche. Or "règles" et "transmission" sont deux éléments constitutifs de toute culture.

Explication d'un texte de Gilbert Simondon : la vraie nature des objets techniques


Niveau : classes technologiques



" La culture se conduit envers l'objet technique comme l'homme envers l'étranger quand il se laisse emporter par la xénophobie primitive. Le misonéisme orienté contre les machines n'est pas tant haine du nouveau que refus de la réalité étrangère. Or, cet être étranger est encore humain, et la culture complète est ce qui permet de découvrir l'étranger comme humain. De même, la machine est l'étrangère ; c'est l'étrangère en laquelle est enfermé de l'humain, méconnu, matérialisé, asservi, mais restant pourtant de l'humain. La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, qui n'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non connaissance de sa nature et de son essence, par son absence du monde des significations, et par son omission dans la table des valeurs et des concepts faisant partie de la culture. [...]
En fait, cette contradiction inhérente à la culture provient de l'ambiguïté des idées relatives à l'automatisme, en lesquelles se cache une véritable faute logique. Les idolâtres de la machine présentent en général le degré de perfection d'une machine comme proportionnel au degré d'automatisme. Dépassant ce que l'expérience montre, ils supposent que, par un accroissement et un perfectionnement de l'automatisme, on arriverait à réunir et à interconnecter toutes les machines entre elles, de manière à constituer une machine de toutes les machines. Or, en fait, l'automatisme est un assez bas degré de perfection technique. Pour rendre une machine automatique, il faut sacrifier bien des possibilités de fonctionnement, bien des usages possibles. L'automatisme, et son utilisation sous forme d'organisation industrielle que l'on nomme automation, possède une signification économique ou sociale plus qu'une signification technique. Le véritable perfectionnement des machines, celui dont on peut dire qu'il élève le degré de technicité, correspond non pas à un accroissement de l'automatisme, mais au contraire au fait que le fonctionnement d'une machine recèle une certaine marge d'indétermination. C'est cette marge qui permet à la machine d'être sensible à une information extérieure. C'est par cette sensibilité des machines à de l'information qu'un ensemble technique peut se réaliser, bien plus que par une augmentation de l'automatisme. Une machine purement automatique, complètement fermée sur elle-même, dans un fonctionnement prédéterminé, ne pourrait donner que des résultats sommaires. La machine qui est douée d'une haute technicité est une machine ouverte, et l'ensemble des machines ouvertes suppose l'homme comme organisateur permanent, comme interprète vivant des machines les unes par rapport aux autres. Loin d'être le surveillant d'une troupe d'esclaves, l'homme est l'organisateur permanent d'une société des objets techniques qui ont besoin de lui comme les musiciens ont besoin du chef d'orchestre. "
(Gilbert Simondon)

Explication d'un texte de Bergson : "Quand on fait le procès du machinisme..."

.
Niveau : séries technologiques


« Quand on fait le procès du machinisme, on néglige le grief essentiel. On l'accuse d'abord de réduire l'ouvrier à l'état de machine, ensuite d'aboutir à une uniformité de production qui choque le sens artistique. Mais si la machine procure à l'ouvrier un plus grand nombre d'heures de repos, et si l'ouvrier emploie ce supplément de loisir à autre chose qu'aux prétendus amusements qu'un industrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous, il donnera à son intelligence le développement qu'il aura choisi, au lieu de s'en tenir à celui que lui imposerait, dans des limites toujours restreintes, le retour (d'ailleurs impossible) à l'outil après suppression de la machine. Pour ce qui est de l'uniformité du produit, l'inconvénient en serait négligeable si l'économie de temps et de travail, réalisée ainsi par l'ensemble de la nation, permettait de pousser plus loin la culture intellectuelle et de développer les vraies originalités. » (Henri Bergson)

jeudi 11 décembre 2008

Les époques de la philosophie

.
Très (très) brève histoire de la philosophie


La philosophie n’a pas toujours existé, ni comme discipline enseignée, ni même comme mode de pensée. Elle est donc un phénomène parfaitement historique. On peut affirmer que l’”ère” philosophique, faisant suite probablement à une ère religieuse voire superstitieuse, débuta avec la civilisation grecque pour s’épanouir essentiellement en Occident. A l’intérieur de cette “ère”, l’on distingue en général trois “époques” : antique et médiévale, moderne, contemporaine ; à quoi nous ajouterons l’”actualité” de la philosophie (il n’y a aucune raison de feindre l’ignorer, comme c’est souvent le cas dans les manuels). Dans ces époques, apparaissent des “périodes” où s’affirment des “courants”, eux-mêmes dérivés d’”écoles” philosophiques. Enfin au bout de la chaîne on retrouve le “philosophe” lui-même, ou plus précisément encore ses productions : les “œuvres”.

mercredi 10 décembre 2008

La solitude. Explication d'un texte de Michel Tournier

Vendredi ou les limbes du Pacifique, collection Folio, Éd. Gallimard, 1972, pp. 53-55.



"La solitude n'est pas une situation immuable où je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C'est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructif. Le premier jour, je transitais entre deux sociétés humaines également imaginaires : l'équipage disparu et les habitants de l'île, car je la croyais peuplée. J'étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord. Je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis elle s'est révélée déserte. J'avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s'enfonçait dans la nuit. Leurs voix s'étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l'inexorable travail.
Je sais maintenant que chaque homme porte en lui et comme au-dessus de lui un fragile et complexe échafaudage d'habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s'est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s'étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers... Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l'usage de la parole, et je combats de toute l'ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent elles-mêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu'un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d'un monument, ce n'est pas par goût de l'accessoire. Les personnages donnent l'échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles, qui ajoutent au point de vue réel de l'observateur d'indispensables virtualités.
A Speranza, il n'y a qu'un point de vue, le mien, dépouillé de toute virtualité. Et ce dépouillement ne s'est pas fait en un jour. Au début, par un automatisme inconscient, je projetais des observateurs possibles des paramètres au sommet des collines, derrière tel rocher ou dans les branches de tel arbre. L'île se trouvait ainsi quadrillée par un réseau d'interpolations et d'extrapolations qui la différenciait et la douait d'intelligibilité. Ainsi fait tout homme normal dans une situation normale. Je n'ai pris conscience de cette fonction comme de bien d'autres qu'à mesure qu'elle se dégradait en moi. Aujourd'hui, c'est chose faite. Ma vision de file est réduite à elle-même. Ce que je n'en vois pas est un inconnu absolu... Partout où je ne suis pas actuellement règne une nuit insondable. [...]
Je sais maintenant que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d'autres que moi la foulent. Contre l'illusion d'optique, le mirage, l'hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l'audition... le rempart le plus sûr, c'est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu'un, grands dieux, quelqu'un ! "




cliquez sur l'image


.

La conscience de soi et le monde


Explication d'un texte de Leibniz


" Descartes a très bien signalé que la proposition : "je pense, donc je suis", est une des vérités premières. Mais il eût été convenable de ne pas négliger les autres vérités de même ordre. En général, on peut dire que toutes les vérités sont ou bien des vérités de fait, ou bien des vérités de raison. La première des vérités de raison est le principe de contradiction ou, ce qui revient au même, le principe d'identité, ainsi qu'Aristote l'a remarqué justement. Il y a autant de vérités de fait premières, qu'il y a de perceptions immédiates ou, si l'on peut ainsi dire, de consciences. Car je n'ai pas seulement conscience de mon moi pensant, mais aussi de mes pensées, et il n'est pas plus vrai ni plus certain que je pense, qu'il n'est vrai et certain que je pense telle ou telle chose. Aussi est-on en droit de rapporter toutes les vérités de fait premières à ces deux-ci : "Je pense", et "des choses diverses sont pensées par moi". D'où il suit non pas seulement que je suis, mais encore que je suis affecté de différentes manières. "




cliquez sur l'image

samedi 6 décembre 2008

Jean-Jacques Rousseau : Le désir naturel de savoir


" Le même instinct anime les diverses facultés de l'homme. À l'activité du corps. qui cherche à se développer, succède l'activité de l'esprit, qui cherche à s'instruire. D'abord les enfants ne sont que remuants, ensuite ils sont curieux ; et cette curiosité bien dirigée est le mobile de l'âge où nous voilà parvenus. Distinguons toujours les penchants qui viennent de la nature de ceux qui viennent de l'opinion. Il est une ardeur du savoir qui n'est fondée que sur le désir d'être estimé savant ; il en est une autre qui naît d'une curiosité naturelle à l'homme pour tout ce qui peut l'intéresser de près ou de loin. Le désir inné du bien-être et l'impossibilité de contenter pleinement ce désir lui font rechercher sans cesse de nouveaux moyens d'y contribuer. Tel est le premier principe de la curiosité ; principe naturel au cœur humain, mais dont le développement ne se fait qu'en proportion de nos passions et de nos lumières. Supposez un philosophe relégué dans une île déserte avec des instruments et des livres, sûr d'y passer seul le reste de ses jours ; il ne s'embarrassera plus guère du système du monde, des lois de l'attraction, du calcul différentiel : il n'ouvrira peut-être de sa vie un seul livre, mais jamais il ne s'abstiendra de visiter son île jusqu'au dernier recoin. quelque grande qu'elle puisse être. Rejetons donc encore de nos premières études les connaissances dont le goût n'est point naturel à l'homme, et bornons-nous à celles que l'instinct nous porte à chercher." (Jean-Jacques Rousseau)

Georges Bataille : une double négation


"Je pose en principe un fait peu contestable : que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallèlement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l'animal n'apportait pas de réserve. Il est nécessaire encore d'accorder que les deux négations, que, d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part travail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme." (Georges Bataille)

Peut-on dire que toutes les cultures se valent ?


Introduction

Si tous les hommes et tous les peuples possèdent une culture, il est évident que toutes les cultures ne se ressemblent pas ; elles sont multiples et non identiques. Pourtant, malgré leurs différences, les cultures sont-elles également respectables et bonnes pour l’homme ? Sous cet angle qualitatif, peut-on dire que toutes les cultures se valent ?

Vouloir retourner à une vie naturelle a-t-il un sens pour l’Homme ?


Introduction

On parle souvent d’un « retour » à la nature, comme si l’on s’était éloigné de la nature, comme si l’on présupposait que la nature a été « perdue » ou souillée avec la civilisation moderne. Mais vouloir retourner à une vie naturelle peut-il avoir un sens pour l’Homme ?

Par « vie naturelle » on entend d’abord vivre « dans » la nature. La Nature, c’est l’ensemble des choses qui existent indépendamment de l’homme ; mais l’on parle aussi d’une « nature des choses », en signifiant par là ce qui les caractérise essentiellement. De sorte que « vie naturelle » peut aussi s’entendre de deux manières : d’abord cela évoque la vie « sauvage » ou la vie « dans » la nature, mais aussi cela signifie une vie plus essentielle, plus pure, plus simple, peut-être plus libre… De la même manière, il ne faut peut-être pas prendre le verbe « retourner » au pied de la lettre ; au figuré, on « revient » à quelque chose lorsque l’on s’y intéresse à nouveau, lorsque cette chose redevient une valeur ou un bien, bref lorsque nous décidons de lui redonner un sens.

Le problème est donc se savoir si la nature peut à nouveau servir de référence, si elle a une valeur suffisante dans l’existence de l’homme civilisée. Celui-ci peut-il continuer à ignorer la nature, c’est-à-dire son environnement, et prétendre la dominer ? Inversement, est-il bien raisonnable de prétendre « revenir » à un « état de nature » qui n’a peut-être jamais existé pour l’homme, en tant qu’être essentiellement culturel ? Cependant, après avoir éliminé les solutions de facilité, il restera à montrer que le « retour à la vie naturelle », loin d’être une utopie négative, prend aujourd’hui la forme d’une préoccupation très sérieuse : rien moins qu’un « retour » au respect de la nature et de l'homme.

samedi 22 novembre 2008

Explication d'un texte de Jean Hyppolite (le Désir selon Hegel)


" L'objet individuel du désir, ce fruit que je vais cueillir, n'est pas un objet posé dans son indépendance, on peut aussi bien dire qu'en tant qu'objet du désir, il est et il n'est pas; il est, mais bientôt il ne sera plus; sa vérité est d'être consommé, nié, pour que la conscience de soi à travers cette négation de l'autre se rassemble avec elle-même. De là le caractère ambigu de l'objet du désir, ou mieux encore la dualité de ce terme visé par le désir. «Désormais la conscience, comme conscience de soi, a un double objet, l'un immédiat, l'objet de la certitude sensible et de la perception, mais qui, pour elle, est marqué du caractère du négatif (c'est-à-dire que cet objet n'est que phénomène, son essence étant sa disparition) et le second elle-même préci­sément, objet qui est l'essence vraie, et qui, initialement, est présent seulement dans son opposition au premier objet.» Le terme du désir n'est donc pas, comme on pourrait le croire superficiellement, l'objet sensible - il n'est qu'un moyen ­mais l'unité du Moi avec lui-même. La conscience de soi est désir; mais ce qu'elle désire, sans le savoir encore explici­tement, c'est elle-même, c'est son propre désir et c'est bien pourquoi elle ne pourra s'atteindre elle-même qu'en trouvant un autre désir, une autre conscience de soi. La dialectique téléolo­gique de la Phénoménologie explicite progressivement tous les horizons de ce désir qui est l'essence de la conscience de soi. Le désir porte sur les objets du monde, puis sur un objet déjà plus proche de lui-même, la Vie enfin sur une autre conscience de soi, c'est le désir qui se cherche lui-même dans l'autre, le désir de la reconnaissance de l'homme par l'homme ... "
Jean Hyppolite




cliquez sur l'image

La décomposition de la personnalité psychique

" Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s'efforce de mettre de l'harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d'étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d'avoir personnifié le moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d'angoisse. Tirant son origine des expériences de la perception, il est destiné à représenter les exigences du monde extérieur, mais il tient cependant à rester le fidèle serviteur du ça, à demeurer avec lui sur le pied d'une bonne entente, à être considéré par lui comme un objet et à s'attirer sa libido. En assurant le contact entre le ça et la réalité, il se voit souvent contraint de revêtir de rationalisations préconscientes les ordres inconscients donnés par le ça, d'apaiser les conflits du ça avec la réalité et, faisant preuve de fausseté diplomatique, de paraître tenir compte de la réalité, même quand le ça demeure inflexible et intraitable. D'autre part, le surmoi sévère ne le perd pas de vue et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S'il vient à désobéir au surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments d'infériorité et de culpabilité. Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche économique, rétablir l'harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : "Ah, la vie n'est pas facile !" "

S. Freud, Nouvelles conférences de Psychanalyse

dimanche 9 novembre 2008

Lexique de Bergson (citations)


AFFECTION

MATIERE ET MEMOIRE
11 - si je fait abstraction de tout ce que je sais, restent des images, au sens le plus vague - il en est une qui tranche en ce que je ne la connais pas seulement du dehors par des perceptions, mais aussi du dedans par des affections : c’est mon corps - ces A viennent toujours s’intercaler entre des ébranlements que je reçois du dehors et des mouvements que je vais exécuter - il me semble que chacune d’elles contient à sa manière une invitation à agir, avec, en même temps, l’autorisation d’attendre et même de ne rien faire - tout se passe comme si, dans cet ensemble d’images que j’appelle l’univers, rien ne pouvait se passer de réellement ‘nouveau’ que par l’intermédiaire de certaines images particulières (affections) dont le type m’est fourni par mon corps
57 - on pourrait dire, par métaphore, que si la perception mesure le pouvoir réflecteur du corps, l’affection en mesure le pouvoir absorbant - mais il faut voir que la nécessité de l’affection découle de la perception elle-même - la perception mesure notre action possible sur les choses et par là, inversement, l’action possible des choses sur nous : il s’agit toujours d’une action virtuelle - mais plus la distance décroît entre l’objet et notre corps, plus l’action virtuelle tend à se transformer en action réelle - si maintenant la distance devient nulle, cad que l’objet se confond avec notre corps, au point d’être ce corps : alors c’est bien une action réelle que notre perception exprimera, et cette perception devient alors ‘affection’ - nos sensations (= affections) sont donc à nos perceptions ce que l’action réelle de notre corps est à son action possible ou virtuelle - c’est pourquoi sa surface, limite commune de l’extérieur et de l’intérieur, est la seule portion de l’étendue qui soit à la fois perçue et sentie - dans notre théorie de la perception pure, il faut donc tenir compte du fait que notre corps n’est pas un point mathématique, de ce que ses actions virtuelles se compliquent et s’imprègnent d’actions réelles, ou encore qu’il n’y a pas de perceptions sans affections - pourtant il est essentiel de maintenir entre les deux une différence de nature : profitant de ce que la sensation (à cause de l’effort confus qu’elle enveloppe) n’est que vaguement localisée, le psychologue la déclare tout de suite inextensive, et il fait dès lors de la sensation en général l’élément simple avec lequel nous obtenons par voie de composition les images extérieures - la vérité est que l’affection n’est pas la matière première dont la perception est faite, elle est bien plutôt l’impureté qui s’y mêle - il faut partir de la structure de la perception (cad de l’action) : elle-même, à l’état pur, ne va même pas de mon corps aux autres corps, elle est dans l’ensemble des corps d’abord, puis peu à peu se limite, et adopte mon corps pour centre - cela n’est possible justement que par la double faculté que ce corps possède d’accomplir des actions et d’éprouver des affections, en un mot le pouvoir sensori-moteur de cette image privilégiée qu’est le corps

samedi 25 octobre 2008

Texte de Hegel : Socrate

.
Avec Socrate, au début de la guerre du Péloponnèse, le principe de l'intériorité, l'indépendance absolue de la pensée en soi, est parvenu à s'exprimer librement. n enseignait que l'homme devait trouver et reconnaître en lui-même ce qui est juste et bien et que par sa nature ce juste et ce bien est universel. Socrate est célèbre comme maître de morale ; mais bien plus, il a inventé la morale. Les Grecs ont eu de la moralité, mais les vertus, les devoirs moraux, voilà ce que voulait leur enseigner Socrate. L'homme moral n'est pas celui qui veut et qui fait le bien, ce n'est pas seulement l'homme innocent, mais celui qui a conscience de son action.
En appelant Sagesse la conviction qui détermine l'homme à agir, Socrate a attribué au sujet, à l'encontre de la patrie et de la coutume, la décision finale, se faisant ainsi oracle, au sens grec. Il disait qu'il avait en lui un "daimon" qui lui conseillait ce qu'il devait faire et qui lui révélait ce qui était utile à ses amis. Le monde intérieur de la subjectivité en paraissant a provoqué la rupture avec la réalité. Si Socrate lui-même, il est vrai, accomplissait encore ses devoirs de citoyen, la vraie patrie pour lui n'était pas cet État actuellement existant et la religion de celui-ci, mais le monde de la pensée. Alors fut soulevée la question de l'existence des dieux et de leur nature.
HEGEL





Est-il sage de chercher à se connaître ?

.

 cliquez sur l'image 

jeudi 23 octobre 2008

L'exercice du doute est-il le monopole du philosophe ?


- quelques pistes -


Analyse du sujet

"Philosophe" : Celui qui exerce une réflexion essentiellement libre, quoique informée et rigoureuse. Il faudra se demander si cette définition s'applique indifféremment au « peuple » et au « professionnel » de la philosophie. D'où la question du ...

"Monopole" : l'exclusivité d'une pratique, d'un commerce. Domination sans partage. Cela pose le problème du « pouvoir » de la philosophie: peut-elle revendiquer un monopole, si elle est libre ? Un monopole devrait apporter l'assurance d'une domination, or le philosophe ...

"Doute". On peut à tout le moins distinguer deux sortes de doute: 1) le doute naturel et spontané: hésitation due à l'incertitude d'une assertion ou à la non-prépondérance de raisons d'agir ; 2) le doute philosophique: il repose sur la résolution de douter. Il présente lui-même deux figures, le doute sceptique et le doute méthodique. Le premier, qui peut aller jusqu'au trouble informulé, semble plutôt passif, tandis que le second, prenant l'aspect formel de l'interrogation, semble en effet le nerf de la philosophie.
Le terme « exercice » apporte un présupposé : le doute est précisément une activité, positive et volontaire.

jeudi 16 octobre 2008

La Conscience - TD



" Comment n'être pas frappé du fait que l'homme est capable d'apprendre n'importe quel exercice, de fabriquer n'importe quel objet, enfin d'acquérir n'importe quelle habitude motrice, alors que la faculté de combiner des mouvements nouveaux est strictement limitée chez l'animal le mieux doué, même chez le singe ? La caractéristique cérébrale de l'homme est là. Le cerveau humain est fait, comme tout cerveau, pour monter des mécanismes moteurs et pour nous laisser choisir parmi eux, à un instant quelconque, celui que nous mettrons en mouvement par un jeu de déclic. Mais il diffère des autres cerveaux en ce que le nombre des mécanismes qu'il peut monter, et par conséquent le nombre des déclics entre lesquels il donne le choix, est indéfini. Or, du limité à l'illimité il y a toute la distance du fermé à l'ouvert. Ce n'est pas une différence de degré, mais de nature.
Radicale aussi, par conséquent, est la différence entre la conscience de l'animal, même le plus intelligent, et la conscience humaine. Car la conscience correspond exactement à la puissance de choix dont l'être vivant dispose ; elle est coextensive à la frange d'action possible qui entoure l'action réelle : conscience est synonyme d'invention et de liberté. Or, chez l'animal, l'invention n'est jamais qu'une variation sur le thème de la routine. Enfermé dans les habitudes de l'espèce, il arrive sans doute à les élargir par son initiative individuelle ; mais il n'échappe à l'automatisme que pour un instant, juste le temps de créer un automatisme nouveau : les portes de sa prison se referment aussitôt ouvertes ; en tirant sur sa chaîne il ne réussit qu'à l'allonger. Avec l'homme, la conscience brise la chaîne. Chez l'homme, et chez l'homme seulement, elle se libère. " - Henri Bergson (20è)

Le Sujet - TD

Réflexion : Un homme peut-il changer avec le temps ?

Texte de PLATON (Le Banquet)

"Quand on dit de chaque être vivant qu'il vit et qu'il reste le même -- par exemple, on dit qu'il reste le même de l'enfance à la vieillesse --, cet être en vérité n'a jamais en lui les mêmes choses. Même si l'on dit qu'il reste le même, il ne cesse pourtant, tout en subissant certaines pertes, de devenir nouveau, par ses cheveux, par sa chair, par ses os, par son sang, c'est-à-dire par tout son corps.
Et cela est vrai non seulement de son corps, mais aussi de son âme. Dispositions, caractères, opinions, désirs, plaisirs, chagrins, craintes, aucune de ces choses n'est jamais identique en chacun de nous; bien au contraire, il en est qui naissent, alors que d'autres meurent. C'est en effet de cette façon que se trouve assurée la sauvegarde de tout ce qui est mortel; non pas parce que cet être reste toujours exactement le même à l'instar de ce qui est divin, mais parce que ce qui s'en va et qui vieillit laisse place à un être nouveau, qui ressemble à ce qu'il était. Voilà par quel moyen, Socrate, ce qui est mortel participe de l'immortalité, tant le corps que tout le reste."

lundi 29 septembre 2008

La Conscience est-elle une connaissance de soi ?




1) Définitions et problématique

  • Rappel : la philosophie, une "conscience critique"…
La conscience est un thème majeur de la philosophie, sans doute parce que cette dernière se définit elle-même comme une sorte de “conscience supérieure” ou de « conscience critique », un redoublement de la pensée ordinaire se voulant « réflexion ». 

jeudi 18 septembre 2008

Méthode pour l'explication de texte

- Ce qui est demandé : “Expliquez le texte suivant. La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.”

- "Le problème dont il est question". - En réalité, l'explication (ou "commentaire") de texte n'est pas un exercice différent, dans l'esprit, de la dissertation, et même assez peu dans la forme. Et effet, comme avec le sujet-question, vous devez traiter un problème philosophique. Simplement l'occasion, ou le document de référence n'est plus une phrase interrogative seule, c'est un texte... Un texte qui développe une thèse, une "idée", au moyen d'arguments agencés selon une certaine logique, et qui a été écrit pour répondre à un problème que se posait l'auteur. Le texte comprend donc toujours un problème sous-jacent (exactement comme la question comprenait, dans le sujet-dissertation, un problème à découvrir). Vous aurez à dégager, notamment dans l'introduction, le thème (de quoi il s'agit dans le texte), la thèse (ce que l'auteur en dit), et le problème qui lui correspond (que fallait-il démontrer, quelle difficulté ou quelle contradiction fallait-il résoudre ?). Qui dit problème dit également problématique, c'est-à-dire l'ensemble des problèmes secondaires qu'il va falloir formuler, dans un certain ordre, pour solutionner le problème principal. Dans le texte, cet ordre correspond en général à la suite des arguments avancés par l'auteur, qui sont autant de réponses à ces différentes questions : le texte a donc un "plan", c'est-à-dire des parties avec des articulations qu'il faut mettre en évidence.

Exercice de méthodologie : explication (assistée) d'un texte de Blaise Pascal (le "roseau pensant")



    " Ce n'est point de l'espace que je dois chercher ma dignité, mais c'est du règlement de ma pensée. Je n'aurai point d’avantage en possédant des terres. Par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends.
    La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable ; un arbre ne se connaît pas misérable.
    C’est donc être misérable que de se connaître misérable, mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.
    L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser ; une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
    Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. "

Blaise PASCAL (1670, Pensées)


Conseils généraux (rappel)


- Lire la méthodologie.
- Dans l’esprit, l’explication de texte est une dissertation, c’est-à-dire qu’elle consiste à traiter un problème philosophique… à l’occasion d’un texte et non plus seulement d’un énoncé en forme de question (« dissertation »). Dans la forme, il faut néanmoins expliquer le texte en entier et de manière ordonnée.
- Le plan : en 2 ou 3 parties (éventuellement 4, rarement). Le plan de l’explication épouse le plan du texte. MAIS le plan du texte n’est pas toujours « visible » ou explicite, il peut être implicite seulement dans la mesure où les arguments du texte peuvent  être enchevêtrés (c’est le cas ici) ou bien parce que l’auteur se répète plus ou moins volontairement (idem). Parfois, il faut donc « reconstruire » le plan du texte, de sorte que l’explication ne sera pas strictement, pas forcément en tout cas, linéaire. Il vaut toujours mieux faire apparaître la logique profonde d’un texte, de son argumentation, plutôt que de suivre aveuglément l’ordre linéaire.


Consigne : remplir les espaces laissés vides (…)


L’introduction


- 1er paragraphe : présenter le texte
Auteur, œuvre, siècle : …
Contexte : comme d’autres philosophes de son temps (Descartes par ex.), Pascal s’attache à définir et à valoriser l’homme en tant qu’être pensant. Il y a une sorte d’ « héroïsme de la pensée » en ce 17 è siècle.
Thème précis (de quoi traite le texte, un mot ou une expression courte) : …
Champ thématique (thème élargi : chercher et indiquer les autres notions importantes du texte, de manière à pouvoir repérer la thèse et le problème) : …
La thèse (l’idée principale, que dit l’auteur « à propos » du thème : une ou deux phrases) : …

- 2è paragraphe : le problème, la problématique
Quelle est la question « implicite » à la quelle répond la thèse ? Il faut développer cette question (= problématique) : L’auteur cherche donc à résoudre un paradoxe, à savoir le statut ambigu de l’être humain dans l’univers. Comment et pourquoi l’homme peut-il être à la fois grand et misérable ? Quelle est sa particularité profonde ? Plus précisément : si la grandeur de l‘homme est de penser, quelle sera sa « dignité »  et sa priorité de chaque instant ? En quoi doit consister sa morale ?

- 3è paragraphe : annoncer le plan de l’explication (= le plan du texte = la plan de l’argumentation)
Ici, il faut regrouper les arguments, tellement le texte se répète. Par exemple, il est clair que les 2 premières lignes rejoignent, presque mot pour mot, les 2 dernières.
> Le plan est annoncé par les titres de parties ci-dessous. Dans le cadre de cet exercice, vous n’écrivez donc rien. Mais sur votre copie, vous ne devrez pas indiquer les titres sur votre copie mais bien annoncer le plan, ici, en fin d’introduction.


Développement


1) La place paradoxale de l’être pensant dans l’Univers (lignes 2-3, 6-7)

- univers / espace : …

- l’univers comprend l’homme : …

- « l’espace et la durée que nous ne saurions remplir » (faire apparaître l’idée d’Infini) (ligne 9): …

- pensée / roseau pensant (sens de la métaphore) : …

- l’homme comprend l’univers : …


2) La grandeur de savoir qu’on est misérable (lignes 4, 5, 8)
- misère (arrière plan religieux) : …

- grandeur / noblesse …

- nuance entre « se connaître misérable » et « connaître qu’on est misérable » : …

- comparer : « il sait qu’il meurt » / « l’univers l’en sait rien » : …

- Expliquer la source spirituelle (religieuse, chrétienne) de cette manière de voir, peut-être discutable (courber l’échine = être grand !) : …


3) Le vrai principe de la morale (lignes 1, 9-10)

- dignité : …

- morale (repérer une ambiguïté possible, entre « vraie » et « fausse » morale :

- distinguer : penser, bien penser, travailler à bien penser : …

- amorcer une réflexion : comparer avec l’idéal de la société techno-scientifique moderne : …


Conclusion 
- rappeler le problème et la thèse
- récapituler la progression de l’argumentation (la logique du texte)

- quels sont les points qui mériteraient d’être discutés ?

Conseils généraux pour la dissertation

1) Emploi du temps (pour 4 heures)

- remarque : un devoir inachevé est un mauvais devoir !

- choix et lectures répétées du sujet pour sa bonne compréhension (dans tous les cas, il n'est pas inutile de lire le texte du 3è sujet : des recoupements sont parfois possibles avec les sujets-questions ) (10 mn)
- chercher des idées et les "jeter" sur le papier comme elles viennent ; il faut rassembler un certain matériau avant même tout projet de plan, et accepter sans angoisse excessive le fait de "ne pas savoir où l'on va" : 20 mn
- élaborer un plan de façon très précise, notamment en rédigeant sous forme de phrases toutes les parties et sous-parties ; "casez" dans ce canevas toutes les idées notées jusque là au brouillon : 30 mn
- rédiger au brouillon l’introduction, en lui accordant toute l'attention et le soin nécessaires, puis la recopier au propre : 20 mn
- rédaction du développement et de la conclusion directement (si possible) : 2 h 1/2
- relecture attentive et corrections : 10 mn

- pour les devoirs à la maison, profiter du temps imparti pour lire, se documenter, laisser mûrir ses idées ; mais essayer de rédiger dans les conditions de l’examen.

2) Présentation

- sur copie double, entre 4 et 8 pages selon les graphies
- propreté, lisibilité
- laisser une marge suffisante à gauche
- réécrire le sujet intégralement en tête du devoir
- séparer obligatoirement par 2 lignes l’introduction/le développement/la conclusion, et par 1 ligne chaque partie du développement
- revenir à la ligne et laisser un espace (alinéa) au début de chaque paragraphe
- ne pas reproduire les titres des parties conçus dans le plan, ni les numéroter
- rappel des conventions d’écritures à respecter : écrire les nombres en toutes lettres (sauf les années) ; aucune abréviation (style télégraphique) ; souligner les titres des œuvres, et commencer par une majuscule le premier substantif ; ne pas souligner les noms d’auteurs ni les mettre en capitales ; ne pas souligner les citations : en revanche mettre des guillemets ; souligner tout mot étranger (même latin)

3) L’écriture

- respect sans faille de la ponctuation, des majuscules en début de phrase, des accents…
- attention à l’orthographe : les fautes répétées finissent par coûter des points (le devoir perdant globalement en qualité)
- avant tout de la clarté et de la cohérence : un style trop dense ou “confus” décourage la lecture
- faut-il préciser que les qualités d'un style "soutenu" et/ou élégant sont néanmoins appréciées ?

La Philosophie - TD

.

I - L'automne en questions




1) Les questions de Bill vous paraissent-elles "philosophiques" ?
2) Les réponses le sont-elles ?
3) Quel personnage se montre "philosophe" dans cette histoire ?




II - La Philosophie comme Sagesse


" Durée de la vie de l'homme ? Un moment. Sa substance ? Changeante. Ses sensations ? Obscures. Toute sa masse ? Pourriture. Son âme ? Un tourbillon. Son sort ? Impénétrable. Sa réputation ? Douteuse. En un mot, tout ce qui est de son corps : comme l'eau qui s'écoule; ses pensées : comme des songes et de la fumée; sa vie : un combat perpétuel et une halte sur une terre étrangère; sa renommée après la mort : un pur oubli.
Qu'est-ce donc qui peut lui faire faire un bon voyage ? La seule philosophie. Elle consiste à empêcher que le génie qui habite en lui ne reçoive ni affront ni blessure; à être également supérieur à la volupté et à la douleur; ne rien faire au hasard; n'être ni dissimulé, ni menteur, ni hypocrite; n'avoir pas besoin qu'un autre agisse ou n'agisse pas; recevoir tout ce qui arrive et qui lui a été distribué comme un envoi qui lui est fait du même lieu dont il est sorti; enfin, attendre avec résignation la mort, comme une simple dissolution des éléments dont chaque animal est composé. Car si ces éléments ne reçoivent aucun mal d'être changés l'un en l'autre, pourquoi regarder de mauvais œil, pourquoi craindre le changement et la dissolution de tous ? Il n'y a rien là qui ne soit selon la nature. Donc point de mal. (Marc-Aurèle)

> En quoi consiste la sagesse : se soumettre à la fatalité ou affirmer sa liberté d'être humain ?


" Ne te dis jamais philosophe, ne parle pas abondamment, devant les profanes, des principes de la philosophie; mais agis selon ces principes. Par exemple dans un banquet, ne dis pas comment il faut manger, mais mange comme il faut. Souviens-toi en effet que Socrate était à ce point dépouillé de pédantisme que, si des gens venaient à lui pour qu'il les présente à des philosophes, il les conduisait lui-même ; tant il acceptait d'être dédaigné. Et si, dans une réunion de profanes, la conversation tombe sur quelque principe philosophique, garde le silence tant que tu le peux ; car le risque est grand que tu ne recraches trop vite ce que tu n'as pas digéré. Alors si quelqu'un te dit que tu es un ignorant et que tu n'en es pas meurtri, sache que tu commences à être philosophe. Car ce n'est pas en donnant de l'herbe aux bergers que les brebis montrent qu'elles ont bien mangé, mais en digérant leur nourriture au-dedans et en fournissant au-dehors de la laine et du lait. Toi non plus donc, ne montre pas aux gens les principes de la philosophie, mais digère-les et montre les œuvres qu'ils produisent." (Epictète)

> Expliquer l'image finale.



III - l'Amour de la Sagesse


PLATON (Dialogue extrait du Banquet)

" DIOTIME. — [...] Comme fils de Poros et de Pénia, voici quel fut le partage de l'Amour : d'abord il est toujours pauvre, et, loin d'être beau et délicat, comme on le pense généralement, il est maigre, malpropre, sans chaussures, sans domicile, sans autre lit que la terre, sans couverture, couchant à la belle étoile auprès des portes et dans les rues; enfin, comme sa mère, toujours dans le besoin. Mais, d'autre part, selon le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est mâle, hardi, persévérant, chasseur habile, toujours machinant quelque artifice, désireux de savoir et apprenant avec facilité, philosophant sans cesse, enchanteur, magicien, sophiste. De sa nature, il n'est ni mortel ni immortel1. Mais, dans le même jour, il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, puis il s'éteint, pour revivre encore par l'effet de la nature paternelle. Tout ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, en sorte qu'il n'est jamais ni riche ni pauvre. Il tient aussi le milieu entre la sagesse et l'ignorance, car aucun dieu ne philosophe ni ne désire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine; et, en général, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de même des ignorants : aucun d'eux ne philosophe ni ne désire devenir sage, car l'ignorance a précisément le fâcheux effet de persuader ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu'ils possèdent ces qualités; or nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu.
SOCRATE. — Mais, Diotime, qui sont donc ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les sages ni les ignorants ?
— Il est évident, même pour un enfant, dit-elle, que ce sont ceux qui tiennent le milieu entre les ignorants et les sages, et l'Amour est de ce nombre. La sagesse est une des plus belles choses du monde; or l'Amour aime ce qui est beau; en sorte qu'il faut conclure que l'Amour est amant de la sagesse, c'est-à-dire philosophe, et, comme tel, il tient le milieu entre le sage et l'ignorant. "

1) Pourquoi "Amour" est-il philosophe, selon Diotime ? (Rappelez ici l'étymologie du mot "philosophie".)
2) Pourquoi les dieux ne sont pas philosophes ?
3) Pourquoi les ignorants ne le sont-ils pas davantage ?




IV - Texte à ordonner


" Il faut détruire le préjugé très répandu que la philosophie est quelque chose de très difficile du fait qu'elle est l'activité intellectuelle propre d'une catégorie déterminée de savants spécialisés ou de philosophes professionnels ayant un système philosophique. Il faut donc démontrer en tout premier lieu que tous les hommes sont "philosophes", en définissant les limites et les caractères de cette "philosophie spontanée", propre à tout le monde, c'est-à-dire de la philosophie qui est contenue : 1. dans le langage même, qui est un ensemble de notions et de concepts déterminés et non certes exclusivement de mots grammaticalement vides de contenu ; 2. dans le sens commun et le bon sens ; 3. dans la religion populaire et donc également dans tout le système de croyances, de superstitions, opinions, façons de voir et d'agir qui sont ramassées généralement dans ce qu'on appelle le folklore. Une fois démontré que tout le monde est philosophe, chacun à sa manière, il est vrai, et de façon inconsciente - car même dans la manifestation la plus humble d'une quelconque activité intellectuelle, le "langage" par exemple, est contenue une conception du monde déterminée -, on passe au second moment, qui est celui de la critique et de la conscience, c'est-à-dire à la question : est-il préférable de "penser" sans en avoir une conscience critique, sans souci d'unité et au gré des circonstances, autrement dit de "participer " à une conception du monde " imposée mécaniquement par le milieu ambiant ; ce qui revient à dire par un de ces nombreux groupes sociaux dans lesquels tout homme est automatiquement entraîné dès son entrée dans le monde conscient (et qui peut être son village ou sa province, avoir ses racines dans la paroisse et dans l' "activité intellectuelle" du curé ou de l'ancêtre patriarcal dont la "sagesse" fait loi, de la bonne femme qui a hérité de la science des sorcières ou du petit intellectuel aigri dans sa propre sottise et son impuissance à agir) ; ou bien est-il préférable d'élaborer sa propre conception du monde consciemment et suivant une attitude critique et par conséquent, en liaison avec le travail de son propre cerveau, choisir sa propre sphère d'activité, participer activement à la production de l'histoire du monde, être à soi-même son propre guide au lieu d'accepter, passivement et de l'extérieur, une empreinte imposée à sa propre personnalité ? " (GRAMSCI)

> Dégager le plan du texte, c'est-à-dire distinguez précisément les différentes parties (et sous-parties) en les résumant par une phrase.